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Article du numéro 416 - 15 février 2011
Catherine Wihtol de Wenden est politologue, directrice de recherche CNRS au CERI (Centre d'études et de recherches internationales de Sciences Po). Elle vient de publier La question migratoire au XXIe siècle, Presses de Sciences Po. Elle est aussi membre de la Commission nationale de déontologie de la sécurité. Tous les articles du numéro 416 |
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Nous sommes confrontés à des échecs successifs de la gouvernance économique mondiale. D'ici 2030, le seul facteur de croissance économique sera l'immigration. La main-d'œuvre est sous tension dans de nombreux pays européens qui ne parviennent pas à trouver des ouvriers et sont ainsi confrontés à une perte de compétitivité dans leurs entreprises. Les pays occidentaux n'auront pas le choix.
C'est la plus grande difficulté. Il faut savoir convaincre que la mobilité est un facteur de développement humain. Car la protection des frontières est une politique à court terme : elle rappelle l'URSS des années de plomb où la population était confinée derrière des frontières étanches. Je pense que l'ouverture des frontières sera le grand combat humain du 21e siècle, comme l'abolition de la fin de l'esclavagisme en son temps. On pourrait commencer par ouvrir des espaces régionaux de libre circulation, une migration de voisinage. Dans le cas contraire, le renforcement du contrôle des frontières entraînera plus de problèmes que d'avantages. On créera des violences, des militantismes, des antagonismes au sein même de notre société. Dans le même temps, il faut impérativement renouveler complètement notre politique d'intégration.
Nous avons échoué dans ce domaine pour la simple et bonne raison que nous avons reçu une immigration de ruraux et illettrés, qui s'est mal adaptée au contexte urbain. Les enfants ont donc eu naturellement du mal à s'intégrer. D'autres immigrés sont arrivés par effraction, dans les années de croissance, et nous avons découvert l'ampleur de l'immigration illégale. La France s'est plus intéressée au contrôle des frontières qu'à la politique de la ville, censée offrir des conditions de vie à peu près normales aux plus démunies. La politique de la ville est aujourd'hui une tartarinade, sans fond et sans perspective. On se retrouve dans une drôle de situation, si j'ose dire : certains secteurs industriels, comme le BTP, comptent 30 % de sans-papiers dans leurs effectifs et les entreprises concernées auraient bien du mal à s'en sortir si la loi était appliquée plus sévèrement.
Elles organisent des débats, essaient de prendre la mesure du problème mais sont souvent dépassées car elles sont impuissantes à agir, si ce n'est à faire respecter le minimum d'accueil humain, à travers le travail des ONG sur place. Sur Sangatte, la France a été condamnée, comme elle l'a été sur les Roms cet été. La politique est affectée par le court-termisme. Soyons bien clairs : l'UPM ne marchera qu'à l'inclusion migratoire, on le voit aujourd'hui avec la révolution tunisienne. Je suis d'ailleurs assez inquiète du risque que font courir les accords bilatéraux. Pour moi, c'est une immigration ratée parce qu'elle doit être traitée à une échelle plus vaste, celle du développement économique et humain de la Méditerranée. Les opinions publiques auront de toute façon à évoluer. Elles n'auront pas le choix.

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