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Pour une démocratie qui voit loin !

Article du numéro 412 - 01 décembre 2010

Idées

Les grands problèmes environnementaux qui mettent en question l'habitabilité de la Terre ont deux caractéristiques qui éprouvent nos manières traditionnelles de décider.

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Vers une démocratie écologique
Dominique Bourg, Kerry Whiteside, Le Seuil, La République des Idées.
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Les grands problèmes environnementaux qui mettent en question l'habitabilité de la Terre ont deux caractéristiques qui éprouvent nos manières traditionnelles de décider. D'une part, ils sont à effet différé, et les signes qui les annoncent échappent à la perception immédiate. D'autre part, ils se posent à l'échelle de la planète entière, hors des cadres territoriaux dans lesquels nos institutions politiques trouvent leur assise.

Là réside l'explication du stupéfiant attentisme qui prévaut et transforme chaque occasion de prendre le problème à bras-le-corps en rendez-vous manqué. En témoignent le grand ratage de Copenhague, ou nos difficultés à donner à notre Grenelle, pourtant prometteur, une suite conséquente.


Une démocratie inapte à voir le lointain

À partir de ce constat, nos auteurs interrogent en profondeur le principe même de la démocratie représentative : elle s'avère inadéquate à la prise en compte responsable d'enjeux lointains - dans le temps et dans l'espace - tels que ceux qui s'attachent à la viabilité à long terme de la planète. Trop asservie au court terme, trop à l'étroit dans des espaces où les causes et les effets ne se rencontrent pas, trop exclusivement attachée à la satisfaction d'intérêts immédiats, elle est frappée d'une myopie qui risque de lui faire manquer des enjeux cruciaux pour l'espèce humaine.

Pour que ces graves insuffisances ne soient pas fatales un jour à la démocratie, il y a urgence à les corriger. Tel est le fil conducteur des innovations proposées ici : adjoindre à la démocratie représentative, pour la pérenniser, d'autres processus démocratiques qui pallient ses carences. Il faut pour cela introduire en bonne place dans la prise de décision d'autres acteurs que le traditionnel couple représentants-représentés. Les auteurs en suggèrent trois : les scientifiques (sans leur médiation, les enjeux échappent à la perception), les militants des ONG environnementales (seuls à même de faire entendre des causes sans voix comme la biosphère ou les générations à venir) et les citoyens ordinaires (n'ayant à rendre de comptes à personne, ils sont capables d'éclairer en toute indépendance la décision publique).


Pour une Académie du futur

L'entrée en scène de ces acteurs passe par un renouvellement de nos institutions dont les auteurs proposent quelques points forts : un recours systématique aux processus délibératifs de type conférences de citoyens, une Académie du futur appelée à faire la synthèse des connaissances à prendre en compte dans les décisions touchant à l'environnement. Un Sénat nouveau, composé de personnalités qualifiées émanant des ONG et de citoyens ordinaires tirés au sort, serait appelé à garantir le respect d'une « Bioconstitution » intégrant comme intransgressibles les impératifs de préservation de la biosphère.

Ce qui est esquissé ici, à partir des préoccupations environnementales, présente un intérêt qui déborde de beaucoup ces questions. Dans bien d'autres domaines, les élus, d'autant plus vulnérables aux échéances de court terme et à la pression des intérêts qu'ils s'inscrivent dans des logiques de carrière politique, se trouvent en mauvaise posture pour porter seuls des réponses à la hauteur des enjeux. Ils ne peuvent que gagner à faire place, en amont de leur propre rôle, à des contre-pouvoirs mieux à même d'introduire dans la délibération collective le souci de ce qui est trop lointain pour avoir le bénéfice de l'évidence.