La Lettre du cadre territorial

Le magazine des professionnels de la gestion territoriale.

Accueil > Magazines > Lettre du cadre

La Lettre du Cadre Territorial

Un magazine à destination des cadres de la filière administrative qui balaye l'ensemble des questions managériales et décrypte l'actualité dans les domaines RH, finances et juridiques sur un ton impertinent, engagé et incisif.

Ajouter au panier Vous abonner (voir tarif )
(Règlement par CB, chèque bancaire ou mandat administratif)

A partir de :

115 €

"Les femmes ne se mettent pas en avant, il faut aller les chercher"

Article du numéro 410 - 01 novembre 2010

La lettre numérique

Le management a-t-il un sexe ? La mixité change-t-elle les organisations ?. Pour compléter notre enquête « Le management a-t-il un sexe ? », nous avons aussi rencontré Véronique Bedague-Hamilius, 46 ans, Secrétaire Générale de la ville de Paris. Pourquoi elle ? Parce que la parité est une réalité dans cette collectivité depuis presque 10 ans. Dès son élection en 2001, Bertrand Delanoë a imposé la parité aussi bien dans son exécutif que dans les équipes de direction. Et depuis 2008, pour la première fois dans son histoire, l'administration parisienne (50 000 salariés environ) est dirigée par une femme. Véronique Bedague-Hamilius (Sciences Po Paris, Essec, Ena) a débuté sa carrière au Ministère des finances. Puis elle a intégré le FMI avant d'entrer au Cabinet de Laurent Fabius. En 2002, elle rejoint la Ville de Paris comme Directrice des finances.

Envoyer cette page à un ami

Soyez le premier à rédiger un commentaire !

Tous les articles du numéro 410

Télécharger cet article en PDF

Selon vous, peut-on parler de management féminin ou masculin ?

Je n'en suis pas convaincue. Mon comité de direction compte autant de directeurs que de directrices. Et je suis incapable de vous dire s'il existe un mode de management plus féminin ou plus masculin. Je suis confrontée à autant de modes de management que d'individus. Chacun manage avec ce qu'il est.


Vous pensez donc qu'il n'y a aucune différence ?

Selon moi, il en existe une : la contrainte au temps. Quand une femme quitte le bureau, il lui reste souvent une journée à faire à la maison. J'ai deux enfants, mon emploi du temps est serré. Je déjeune d'ailleurs très peu à l'extérieur. Un homme ferait sans doute différemment. Plus généralement, je développe moins mes réseaux que ne le ferait un homme. Ce n'est pas une question de goût ou de tempérament personnel, juste une contrainte de temps.


Comment gérez-vous cette contrainte ?

J'ai eu la chance de croiser des chefs qui respectaient cette contrainte de temps. Avant de travailler avec Laurent Fabius, j'ai eu une discussion avec lui sur ce sujet. L'important pour lui était que je réponde à ses commandes, pas que nous nous réunissions après 19 heures. Au quotidien, le Maire trouve toujours un créneau pour me parler dans la journée. L'attitude des chefs est déterminante, ce sont eux qui donnent l'exemple. Mais, c'est vrai qu'il faut une vraie volonté d'organisation. Je reconnais qu'il m'arrive souvent de bosser aussi le soir après 22 heures à la maison, mais ça, c'est mon organisation.


Être une femme ne vous a donc ni aidé ni handicapé ?

Mon goût pour la finance m'a amené à travailler dans des environnements très masculins. Être femme n'a pas été un handicap. Au contraire, j'étais un oiseau rare. Mais personnellement, je préfère les environnements divers. Je veux autour de moi des gens différents. J'ai la conviction que c'est du mélange et de la diversité que naissent la créativité et l'innovation.


Bertrand Delanoë a imposé la parité dans les instances de direction dès 2002. Est-ce un objectif difficile à tenir ?

Dès ma prise de fonction, en 2008, j'ai reçu des tonnes de candidatures. Plus de 90 % émanaient d'hommes. C'est étrange parce qu'il y avait déjà beaucoup de femmes à des postes de direction. Mais les hommes se projettent plus facilement. J'ai du activer mes réseaux pour identifier des candidates. Dans notre organisation, j'accorde de l'attention aux jeunes femmes avec du potentiel. J'essaie de les mettre en position de visibilité.


N'est-ce pas là une forme de discrimination positive en faveur des femmes ?

Je ne suis pas contre une forme de discrimination positive. La parité imposée par le maire est une forte contrainte. Mais, dans mes recrutements, je n'ai jamais cédé sur la qualité. Les femmes capables existent, mais il faut aller les chercher. Elles ne décrochent pas encore leur téléphone. Le fait qu'il y ait des femmes visibles doit permettre aux femmes de se projeter. Sinon elles ne le font pas.


A lire :
- "Le management a-t-il un sexe ?", La lettre du cadre territorial n°410, 1er novembre 2010
- "Retraites, réforme : les femmes perdantes"