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Le magazine des professionnels de la gestion territoriale.
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Article du numéro 409 - 15 octobre 2010
Comment agir pour améliorer sa situation et contribuer à un meilleur fonctionnement de sa collectivité ? Zoé Shepard a pris le partir de dénoncer publiquement ses collègues. Mais d'autres voies existent, plus créatives. Tous les articles du numéro 409 |
Carol Knoll
carol.knoll@administrateur-inet.org
Directrice des solidarités
Depuis quelques mois, je suis le feuilleton « Zoé Shepard », et d'un peu plus près depuis que j'ai appris avoir appartenu à la même promotion d'administrateurs que l'auteure de Absolument dé-bor-dée(1). Non pas que nous ayons vraiment lié connaissance pendant ces dix-huit mois de formation, mais je m'interroge sur ce qui a pu pousser une jeune femme, promise à un brillant avenir professionnel, à mettre ainsi en péril sa carrière.
Je ne sais si Aurélie a trouvé, ni même cherché d'ailleurs, une écoute à propos des difficultés qu'elle traversait sur son poste, mais publier un tel livre, c'était s'exposer à l'hallali, ce qu'elle ne pouvait ignorer. Elle avait sans doute des dysfonctionnements à dénoncer ; peut-être même que l'ironie acide était finalement le bon mode d'expression. Elle me semble cependant avoir franchi une limite : celle de l'irrespect le plus total envers les collègues. Ce livre rencontre paraît-il un franc succès en librairie ; rien de très étonnant à une période où il est de bon ton de taper sur les fonctionnaires. Non seulement ils sont peu motivés, voire franchement paresseux, mais aussi et surtout terriblement sots. Les agents de la fonction publique territoriale, qui s'investissent au quotidien dans des missions complexes, avec des usagers exigeants et des moyens contraints, ne méritaient pas un tel tableau.
Tout en affirmant avoir le sens du service public, Aurélie alimente la cause de ceux qui pensent que les fonctionnaires sont des nantis, et contribue à tous les amalgames.
Mais quels autres moyens avait-elle, si telle était son intention, d'agir pour améliorer sa situation et contribuer à un meilleur fonctionnement de sa collectivité ? À travers son cas particulier, n'est-ce pas celui des cadres des collectivités territoriales qui interroge : quels moyens d'expression et d'action ont-ils finalement ? Surtout s'ils sont, comme Aurélie, jeunes, sur leur première expérience professionnelle, et de sexe féminin... Un autre livre peut nous éclairer. C'est celui de David Courpasson et Jean Claude Thoenig : Quand les cadres se rebellent(2). Le jeu d'acteurs y est admirablement décrit et analysé. Lorsque les cadres estiment que les bornes sont dépassées, leurs valeurs heurtées, leur expression imperceptiblement mais durablement muselée, la contestation se fait jour, sous des formes différentes, dont certaines créatives contrairement à l'expérience de Zoé.
Nous ne savons pas aujourd'hui comment va évoluer la situation de notre collègue, qui a l'intention d'en découdre selon certains, de se défendre légitimement selon d'autres. Nous ne savons pas non plus si ce livre sera pour elle l'occasion d'une nouvelle carrière, pourquoi pas sur un versant plus médiatique, après son passage chez Bouvard, puis Ruquier. Nous pouvons toutefois être certains qu'elle aura contribué à faire parler des fonctionnaires et des collectivités territoriales.
Il nous appartient sans doute à présent, collectivement, de profiter de ce projecteur pour changer les éclairages et les prises de vues : il ne manquerait plus que nos concitoyens pensent qu'il suffit de maîtriser le jargon territorial et les codes internes, ou d'avoir un bon réseau pour faire carrière !
1. Absolument dé-bor-dée !, édition Albin Michel.
2. Quand les cadres se rebellent, éditions Vuibert.

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