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Article du numéro 403 - 15 juin 2010
C'est d'un certain modèle du politique à bout de course, que cet ouvrage nous invite à faire notre deuil : celui du pouvoir comme « lieu où nous ne sommes pas ». Tous les articles du numéro 403 |
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Le politique, fin de règne
Daniel Le Scornet, Les éditions de l'atelier.
Retrouvez des extraits de cet ouvrage en complément rédactionnel n° 965.
C'est d'un certain modèle du politique à bout de course, que cet ouvrage nous invite à faire notre deuil : celui du pouvoir comme « lieu où nous ne sommes pas ». Dans un monde où les innovations et la créativité se déploient en réseaux horizontaux, il faut inventer autre chose que les figures pyramidales indéfiniment répliquées et la dépendance à l'égard d'autorités en surplomb, qui n'en finissent pas de décevoir les attentes dont on les surcharge.
Signe du désenchantement que suscite ce modèle, le nombre des pratiquants régresse d'élection en élection. Une part impressionnante de la population est en dissidence. C'est un handicap majeur pour affronter les graves questions que pose l'état du monde, que de voir ainsi « la masse des sans-pouvoir, des subalternes à vie » s'installer dans une défiance sans précédent à l'égard des gens de pouvoir.
Et pourtant, ce modèle résiste et perdure. L'auteur a vu prospérer en tant de lieux le modèle de la servitude volontaire, qui consiste à s'en remettre à l'autorité « supérieure » et à enchaîner à son égard attentes inconsidérées puis détestation quand les promesses se disloquent dans la confrontation au réel.
Il nous offre une assez emballante invitation à nous déprendre de cette fascination-répulsion pour la « verticale du pouvoir ». Il n'y a pas de raison que dure l'incroyable écart entre une société civile profuse de talents et de coopérations fécondes, et une sphère politique que son archaïsme conduit dans l'impasse. L'énigme est à résoudre : pourquoi utilisons-nous si peu les pouvoirs que nous avons ? Car nous en avons, et nous nous autorisons fort peu à en faire usage, pour innover, expérimenter, apporter nous-mêmes des réponses à des questions que nous renvoyons trop volontiers à plus haut et/ou plus tard.
Exemple : Daniel Le Scornet pose sur notre décentralisation des questions dérangeantes. Pourquoi nos collectivités se démarquent-elles aussi peu, dans leur fonctionnement, du modèle dominant d'exercice de l'autorité ? Pourquoi leurs politiques paraissent-elles aussi uniformes au point de laisser l'électeur perplexe quant aux véritables différences entre les choix qui lui sont offerts ? Pourquoi, après six ans de pouvoir régional par la Gauche, cette impression de trop peu quant à la construction de réponses alternatives aux grandes questions ? Pourquoi si peu de tentatives de faire quelque chose du droit à l'expérimentation ?
À partir de son expérience dans le monde de la Santé (Sécurité sociale, mutuelles) l'auteur pose des jalons pour la démocratie à venir : des lieux de décision diversifiés, autant que le nécessite la multiplicité des enjeux ; de nouvelles scènes de délibération où toutes les parties prenantes apportent leur contribution à la recherche du bien commun.
Et, pour en finir vraiment avec la confiscation du pouvoir par un personnel spécialisé, il en appelle à prendre les moyens d'une vraie rotation dans l'exercice des responsabilités en ouvrant, à hauteur du tiers, toutes les instances de décision à des habitants et citoyens ordinaires désignés par tirage au sort. C'est une des pistes, dans une large palette, qui a le mérite de donner du c½ur à l'ouvrage dans la quête de jours meilleurs pour la démocratie.

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