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Article du numéro 402 - 01 juin 2010
Comme à chaque difficulté qu'elle traverse, l'Europe est remise en cause. Mais la crise actuelle n'a rien de surprenant pour une construction internationale récente et inédite. Pourtant l'Europe doit continuer à progresser vers son unification économique et sociale. Tous les articles du numéro 402 |
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Bruno Rémond,
Professeur à Sciences-Po, Paris
L'Europe est en crise. Et chacun y va de sa chanson : institutions inadaptées, dirigeants incompétents, politiques inefficaces. Et de ses solutions : retrouvons la souveraineté nationale, sortons de la zone euro, surtout pas d'accentuation de la solidarité économique et sociale au sein de l'Union... Triste spectacle au moment où l'on célèbre le 60e anniversaire de l'appel de Robert Schuman prônant l'unification du Vieux Continent !
L'Europe est en crise, certes. Et, alors ? Quoi de plus naturel, structurel et rationnel.
Naturel. Quelle structure étatique en son sein, quelle institution internationale s'est dessinée, instituée, développée au long de l'histoire sans crises et sans soubresauts. Plus que quiconque, nos compatriotes devraient savoir que ce processus est tout à la fois normal et constant, la France détenant sans doute le record des crises politiques ou institutionnelles depuis 1789.
Structurel, car la crise actuelle, pour intense et préoccupante qu'elle soit, et plus internationale qu'européenne quant à son origine et ses causes, est loin d'être la première.
En effet, l'Europe a-t-elle jamais progressé autant que de crise en crise et autrement que grâce à des crises ? La nature même de l'institution européenne y conduit : organisation internationale, elle unit des États-Nations jaloux de leurs prérogatives et de leur souveraineté, fondés sur des traités, et son approfondissement ainsi que son élargissement exigent un accord unanime de ses membres ; système communautaire, elle contraint le droit interne à se soumettre aux normes européennes.
Rationnel. Que de chemin parcouru, en effet, et rapidement, alors que jusqu'en 1972, la CEE ne concernait que six États et ne s'intéressait qu'à la politique agricole commune. Son élargissement progressif (6, 7, 9, 10, 12, 15, 25 et 27) l'a transformé en institution vraiment européenne. Son approfondissement dans tous les domaines (politique régionale, action sociale, règles environnementales, développement des formations universitaires, politique européenne de défense et de sécurité, interventions militaires, création de l'euro...) l'a vraiment transformée en union.
Les erreurs d'appréhension et les fautes de compréhension émaillent, tout au long de son histoire, la perception et la compréhension de l'Europe par les Français. En particulier, est souvent critiqué le « déficit démocratique » de l'UE. Peut-on rappeler que ledit déficit a plutôt pour origine l'attitude des responsables politiques français fustigeant les décisions européennes auxquelles ils ont participé.
Et peut-on un instant songer objectivement à ce que serait aujourd'hui la France si l'Europe ne constituait pas, depuis plus de 50 ans, l'élément structurant et innovant de l'action publique ?
L'évolution du continent européen vers la mise en place d'un fédéralisme sui generis conçu par les pères fondateurs de l'Europe se vérifie et se poursuit. Du marché commun ont découlé l'harmonisation de nombreuses politiques publiques puis l'union monétaire. Celle-ci doit inéluctablement entraîner l'unification économique et sociale. Certes, non sans soubresauts.
Mais le pire n'est pas toujours sûr.

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