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Article du numéro 401 - 15 mai 2010
En donnant un avis défavorable au projet de rocade nord de Grenoble, la commission d'enquête publique a donné un coup de massue au conseil général de l'Isère qui en est porteur. Un nouveau rebondissement dans ce dossier qui fait parler de lui depuis plus de vingt ans. Tous les articles du numéro 401 |
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Les opposants au projet de construction de la rocade nord de Grenoble peuvent respirer un grand coup : la commission d'enquête publique vient de désavouer l'infrastructure dans ses conclusions faisant suite aux enquêtes publiques menées du 19 octobre 2009 au 1er décembre 2009. C'est donc un nouveau rebondissement que connaît cette rocade nord en réflexion depuis plus de vingt ans. Cette décision de ne pas reconnaître la rocade comme un ouvrage d'utilité publique est surtout un sérieux camouflet pour le conseil général de l'Isère et son président André Vallini, qui n'avait pas compté ses efforts pour promouvoir ce projet.
Car les commissaires enquêteurs ne se sont pas contentés de conseiller des aménagements au contournement, l'avis défavorable pousse à son abandon. « Les inconvénients générés par ce projet de rocade, dans sa consistance et ses effets, notent-ils ainsi, l'emportent sur ses avantages sans qu'il soit possible, pour autant, d'y remédier, au risque de modifications trop substantielles qui en altéreraient son unité fonctionnelle et son économie générale. »
Alors, la commission d'enquête a-t-elle enterré le dossier ? Pour les opposants à la rocade et les élus écologistes, il n'y a pas photo, la seule solution, c'est l'abandon. « Les avis défavorables sont rares, surtout concernant des grands projets d'infrastructure commente Olivier Bertrand, conseiller général Verts, opposant au projet. La commission d'enquête remet en cause à l'unanimité le projet dans sa globalité, tant pour des raisons techniques que juridiques. Depuis 1990, c'est le 5e projet de rocade nord qui tombe à l'eau. Maintenant, il faut dire stop et réfléchir à d'autres possibilités. »
Mais le conseil général ne l'entend pas ainsi. « Le projet n'a pas reçu l'avis favorable mais l'idée de contournement demeure, précise Marc Baïetto, vice-président du conseil général en charge de l'aménagement et de l'organisation des territoires, des transports et des déplacements. À nous de tirer les conséquences négatives et positives de ces conclusions afin de réfléchir à un nouveau projet car l'avis défavorable porte sur le tracé et non sur le principe de la rocade. »
Cette dernière étude de rocade nord avait déjà subi un premier revers en 2007 à la suite de la rédaction d'un rapport par une agence d'urbanisme qui avait alors expurgé tous les éléments défavorables de la rocade et qui avait conduit un collectif composé de 80 associations de l'agglomération à demander au département de suspendre toute décision sur le projet.
Mais le conseil général avait poursuivi dans ce sens, estimant que seule une rocade pouvait remplir les objectifs qu'il lui avait fixés : une diminution du trafic interne à l'agglomération grenobloise, une diminution globale des impacts du trafic automobile sur la pollution en matière de bruit, une fluidification globale de la circulation dans la région urbaine grenobloise, un meilleur développement urbain harmonieux des communes traversées, un meilleur développement urbain des transports en commun dans le c½ur de l'agglomération et l'implantation de nouvelles lignes de tramway périurbaines.
Malgré son un avis défavorable, après avoir pris en compte 3 600 observations de tous bords, il faut dire que la commission d'enquête reconnaît que la rocade apporterait des améliorations sur certains temps de parcours et qu'elle diminuerait « la charge de trafic en centre-ville, en observant toutefois que cet effet est davantage dû au concours prépondérant des transports en commun ». Mais les inconvénients prennent le pas sur les avantages puisque la commission souligne que « ce projet aggrave incontestablement la saturation » des autoroutes voisines et « le problème de bouchons ».
Elle précise également que « le projet n'apporte pas de réponse convaincante à l'objectif prioritaire d'une réduction significative de la pollution de l'air » et que « le bilan sous-estime le risque sur la santé ». Conclusion : « le projet ne règle pas les principaux points de congestion, il ne répond pas aux besoins d'intérêt local et génère de forts impacts sur l'environnement des riverains ».
Enfin, la commission relève plusieurs incertitudes autour de cette solution, notamment sur les conséquences sur le trafic de l'évolution du prix du péage, affiché à 1 euro dans le dossier mais plutôt estimé à 2 euros « pour un meilleur équilibre financier » mais aussi sur « les effets du projet pendant les travaux dans un contexte cumulant déjà de nombreux risques naturels » et sur « les impacts sanitaires liés à l'exposition des passagers des véhicules empruntant la rocade dans le tunnel et tranchées couvertes qui n'ont été ni quantifiés ni analysés alors que les niveaux de pollution y sont les plus élevés ».
Face à tous ces constats, la commission d'enquête a donc rendu un avis défavorable « tout en considérant la nécessité et l'urgence d'apporter une solution aux problèmes de circulation sur l'agglomération grenobloise ». Dès lors, plusieurs possibilités s'offrent au maître d'ouvrage : la recherche d'une déclaration d'utilité publique sur le projet actuel malgré l'avis de la commission d'enquête, une nouvelle enquête publique sur le même projet avec l'amélioration des points négatifs, la relance du projet modifié, l'abandon du projet et l'élaboration d'un nouveau projet, et, enfin, le renoncement pur et simple à la rocade.
Le conseil général a opté pour l'élaboration d'un nouveau projet. Une décision que regrette Olivier Bertrand. « Toutes les possibilités ont été étudiées, explique-t-il. Certes il y a un véritable problème de bouchons sur l'agglomération grenobloise, mais au bout d'un moment, il faut savoir dire stop et concevoir les déplacements autrement que par le béton. Il existe d'autres modèles de déplacements urbains à étudier dans les pays du nord. »
Pour mémoire, la solution avait été estimée à plus de 660 millions d'euros par le conseil général, financés par trois entités : un tiers par le conseil général, un tiers par le privé et un tiers par les communes impactées. Mais le coût et le mode de financement sont également remis en cause par le conseiller général qui rappelle que « le projet a été chiffré d'un point de vue politique. Aucune étude ne correspond à ce coût. Quant aux financeurs, il n'y a jamais eu de retour des privés et les communes ont dit non. »
Au moment de l'enquête publique, la majorité des élus concernés (conseil général, communauté d'agglomération, syndicat mixte des transports en commun de l'agglomération) s'était prononcée en faveur du projet. Qu'en sera-t-il pour le futur ? Le bras de fer n'est donc pas encore terminé...
À lire sur ce thème :
« Rocade de Grenoble : quand le rapport s'effeuille ! », La Lettre du cadre territorial, n° 347, 1er novembre 2007.
À télécharger
Les conclusions de la commission d'enquête

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