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Jeunes : l'urgence est à l'action

Article du numéro 401 - 15 mai 2010

Tribune libre

Alors qu'on lance un énième « questionnaire jeunes », un récent sondage montre que le fossé n'a jamais été si grand entre les générations. Et si on agissait enfin pour les jeunes au lieu de les stigmatiser ?

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Corinne Bord
Administratrice territoriale
Vice-présidente de la Fédération Léo Lagrange
corinne.bord@leolagrange.org

L'annonce est faite et le site est ouvert. Le nouveau ministre de la Jeunesse lance une grande consultation des jeunes. 264 sondages à la clef et pour le moment près de 800 réponses. L'idée n'est pas neuve, on se souvient de l'aventure d'Édouard Balladur en 1994 qui avait distribué son « questionnaire jeunes » dans les lycées, pour répondre au mouvement étudiant qui avait repoussé le projet du CIP.


« Qui trop embrasse, mal étreint »

La situation est aujourd'hui bien différente. Cette consultation intervient après plus d'un an de concertation avec des jeunes, des associations, des mouvements. Un livre vert a été proposé à la discussion sur internet, suscitant peu de réactions (six contributions).
Si l'on regarde de plus près, la loi sur le service civique a été votée. La proposition en est à la mise en œuvre. Allons un peu plus loin : l'orientation était la clef sur chemin vers l'insertion professionnelle, qu'en est-il aujourd'hui ? Outre les mesures qui relèvent de l'investissement financier des régions (les contrats d'apprentissage et de professionnalisation), les réformes qui pataugent face à la cruelle question des effectifs, des mesures avancées par Nicolas Sarkozy, peu ou prou se concrétisent.
Loin de moi l'idée de vouloir minorer l'importance de la concertation et des consultations, mais l'urgence aujourd'hui est l'action. Car les jeunes veulent du concret et non plus de énièmes promesses qui les conforteront dans l'idée que personne n'apporte de réponses sérieuses à leurs difficultés. Comment reprocher aux jeunes leur désaffection à l'égard de la vie de la cité, s'ils ne font l'objet que de stigmatisation et instrumentalisation ?


Problèmes de jeunes ou les jeunes comme problème ?

La formule est provocante et pourtant, le dernier sondage réalisé par l'observatoire de la jeunesse solidaire sur le thème « Les Français et les jeunes »(1) est préoccupant. 49 % des personnes interrogées déclarent en avoir une image négative. 59 % estiment qu'ils ne partagent pas les mêmes valeurs que les 15-25 ans. Enfin, 56 % trouvent les jeunes irresponsables dans leurs comportements et 62 % estiment qu'ils ne se prennent pas en main.
La confrontation des générations est réelle, et les responsables politiques, les médias et nous-mêmes, responsables associatifs, nous devons en prendre notre part. Mais si les responsabilités sont partagées, elles ne sont pas égales. Les campagnes stigmatisation que subissent les jeunes lorsque l'on parle de sécurité, de délinquance, de trafic nourrissent ces oppositions.
On oublie trop souvent que les premières victimes des violences sont les jeunes eux-mêmes, qu'ils subissent eux aussi et bien plus fortement le chômage (dont le taux chez les moins de 25 ans est en 2009 de 21,2 %). La capacité à se projeter dans l'avenir pour construire sa propre vie se restreint quotidiennement et pousse les jeunes à se marginaliser, se mettre en recul de la société et parfois à adopter des comportements d'addiction.
Sans avoir une vision angélique de la société, créer, voire renforcer les antagonismes générationnels, ne contribue qu'à faire exploser notre cohésion sociale et toute solidarité intergénérationnelle. Au moment où cette dernière est mobilisée dans tous les discours sur les retraites, il serait bon de conserver cette logique pour les questions d'emploi et de formation, mais aussi plus simplement d'occupation de l'espace public, de mobilité ou de loisirs.

1. Étude réalisée par Audirep du 6 au 14 février 2010, par internet, sur le système CAWI auprès d'un échantillon de 1 000 individus représentatifs de la population française des internautes âgée de 15 ans et plus.


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