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Xynthia : satisfaction générale ?

Article du numéro 401 - 15 mai 2010

Repères

Ce n'est pas la tempête qui a tué, mais un urbanisme du laisser-aller et des compromissions. Avant les eaux, tout le monde y trouvait son compte.

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Guy Lemée
http://hcl.inventaires.fr

La plupart des victimes de la tempête sont mortes noyées, surprises dans leur sommeil par la montée des eaux. Elles se trouvaient chez elles, dans un logement individuel sans étage, situé dans un lotissement récent, sous le
niveau de la mer mais à l'abri d'une digue mal entretenue.


Chacun a tenu son rôle

Les faits, dans leur rigueur froide, sont accusateurs. Pourtant chacun a tenu son rôle : des propriétaires fonciers ont pu céder des terrains inondables à des tarifs constructibles, la constructibilité ayant été octroyée ou au moins autorisée par des élus locaux légitimes, voisins et souvent amis des premiers ! Allez dans ces conditions dire « non » si même le préfet n'impose pas le PPRI.
Ainsi va la vie publique locale dans bien des coins de France à la satisfaction générale.
Satisfaction des heureux acquéreurs qui auraient manifesté leur réprobation si on leur avait refusé les permis de construire - dont l'instruction aura été assurée par les services de la DDE, sous la responsabilité de délivrance du maire, bien sûr... à la satisfaction générale.
Satisfaction du lotisseur promoteur et des entreprises et artisans locaux du bâtiment - quand le bâtiment va, tout va. Enfin, satisfaction des agents immobiliers et des commerçants locaux qui trouvent là, relayant le tourisme estival, une clientèle « résidentielle » chère à Laurent Davezies(1).
À la satisfaction générale donc, les pouvoirs publics, locaux ou d'État, n'en faisaient pas trop dans un pays où pourtant l'administration est réputée tatillonne, en laissant ces « petits coins de paradis » vivre leur vie à l'abri des tracasseries administratives et d'une digue qu'on finit par ne plus voir.


Une situation banale

Situation d'une grande banalité qui n'est pas sans rappeler celles d'ensembles de logements édifiés le plus légalement du monde (ou en toute illégalité sue et assumée, ce qui revient au même) au-dessus de cavités souterraines, de terrains pollués, d'anciens lits de rivières, à l'aplomb de routes dangereuses et de la circulation d'énormes poids lourds...
On a nous parlé d'enchaînement catastrophique, des fortes marées aux vents et courants convergents pour expliquer la catastrophe. Ne faut-il pas plutôt y voir la pression combinée des aspirations à l'héliotropisme à la complaisance de toute une chaîne d'acteurs ?
Xynthia vient nous rappeler cette propension humaine à vouloir à tout prix disposer d'un toit, à soi et... dans une région tempérée, près de l'eau.
C'est que le littoral national, malgré la loi, est déjà presque totalement artificialisé là où c'était possible, fut-ce au prix de kilomètres de digues... Curieux effort dans un pays qui dispose de centaines de milliers d'hectares disponibles et totalement « hors d'eau ». Si nos voisins Hollandais ont dépensé des trésors de technicité et d'argent du contribuable pour se mettre à l'abri d'une tempête « millénaire », ce n'est pas pour autoriser une extension urbaine touristico-présentielle1 mais pour préserver un territoire fort restreint.
Une prise de conscience collective pourrait être le résultat heureux de cette catastrophe, non ?

1. Laurent Davezies est professeur à l'Université Paris-Est Créteil, en poste à l'Institut d'Urbanisme de Paris et expert indépendant ; il a développé le concept « d'économie présentielle/résidentielle ».


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