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Article du numéro 401 - 15 mai 2010
Dans cette enquête approfondie, à Paris et en Ile-de-France, sur l'émergence des quartiers, on redécouvre d'abord l'histoire. Tous les articles du numéro 401 |
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« Faire une démocratie de quartier »
Anne-Lise Humain-Lamoure, Le bord de l'eau éditions.
Retrouvez des extraits de cet ouvrage en complément rédactionnel n° 963.
Dans cette une enquête approfondie, à Paris et en Ile-de-France, sur l'émergence des quartiers, on redécouvre d'abord l'histoire. Les quartiers avaient une existence bien affirmée sous l'ancien régime, et leur effacement au profit de la commune procède du même jacobinisme dont furent victimes tous les corps intermédiaires : corporations, associations, syndicats. Ils renaissent aujourd'hui, selon un processus fort intéressant à analyser, car la loi nationale y tient une place plutôt modeste au regard de celle qu'elle occupe d'habitude dans nos réformes. Elle ne donne ici, en 2002, que l'impulsion initiale, en rendant obligatoires les conseils de quartier dans les grandes villes. Pour le reste - les critères de découpage des quartiers, le rôle et la composition des conseils, leur création dans les villes plus petites - c'est, pour une fois, le principe de libre administration qui triomphe.
C'est donc aux autorités municipales qu'incombe la responsabilité d'instaurer des quartiers. Elles s'en sont saisies très activement, y compris, en grand nombre, celles qui n'y étaient pas tenues. Le vaste chantier engagé est riche d'enseignements sur les tendances profondes qui travaillent nos agencements institutionnels locaux.
La montée en puissance des quartiers montre que la commune n'est pas intouchable. Un tabou est tombé avec la légitimation d'un échelon infracommunal : c'est la première fois que la République admet l'apparition d'un territoire par division d'une collectivité préexistante. Poussée jusqu'à son terme, la logique qui se dessine là conduit, en milieu urbain en tout cas, à ce que le rapport Balladur appelait « la commune du 21e siècle ». L'agglomération prendrait enfin rang de collectivité territoriale, avec un maillage démocratique de proximité constitué des communes de la périphérie et des quartiers de la ville-centre, qui perdrait du coup sa raison d'être.
Avec l'essor de la démocratie de quartier, une vision nouvelle de la gouvernance fait son chemin. Elle consacre, pour la première fois dans notre histoire démocratique, l'irruption de l'habitant dans le processus de décision publique. Une nouvelle scène publique est instaurée, et le jeu d'acteurs qui s'y pratique renouvelle profondément la distribution des rôles à laquelle nous sommes habitués : outre la place sans précédent qu'il offre à l'habitant « ordinaire », il donne aux professionnels la possibilité d'une contribution à la délibération collective qui représente, s'ils s'en saisissent, une formidable occasion d'enrichissement de leur métier.
À travers ces innovations, c'est une autre conception de la légitimité qui s'affirme, nourrie de proximité plus que de distance. Les intérêts particuliers et les relations personnelles retrouvent droit de cité, alors qu'une vision désincarnée de l'intérêt général tendait à les disqualifier. La notion même d'intérêt général s'estompe au profit d'une autre : le bien commun, manière de désigner la recherche, à l'échelle d'un territoire, de la meilleure articulation possible entre acteurs de la vie locale.
Cette nouvelle posture des pouvoirs locaux à l'égard de la société civile, subie autant que choisie, comporte un risque : celui d'une démocratie fragmentée, qui ferait la part trop belle aux égoïsmes territoriaux. Ce sera l'enjeu majeur pour les futurs développements de ce grand chantier.

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