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Article du numéro 400 - 01 mai 2010
La France vit dans un paradoxe : pays qui s'est le mieux sorti de la crise, elle est aussi celui qui est le plus pessimiste. Pourtant, sur nos bases, nous pourrions inventer ensemble un bel avenir. Tous les articles du numéro 400 |
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Hervé Sérieyx
hserieyx@libertysurf.fr
Coup sur coup, le Herald Tribune et le Financial Times, deux journaux qui nous tressent rarement des lauriers, viennent de souligner combien la France était le pays européen qui avait le mieux traversé la crise grâce à la conjonction de ses amortisseurs sociaux et à la qualité comme à la rapidité des décisions prises par ses gouvernants dès que s'était levée la tempête.
Parallèlement, une étude internationale nous apprend que les Français sont, dans toute l'Europe, ceux qui broient le plus de noir et qui sont les plus pessimistes sur leur avenir. Ce constat est confirmé par le médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye dans son rapport annuel : la France, écrit-il, serait « fatiguée psychologiquement ».
Parmi les raisons qu'ils donnent à l'énorme abstention des Régionales, les commentateurs et analystes politiques décrivent également ces sortes d'anomie grise et de sinistrose généralisée qui semblent s'être abattues sur notre territoire national.
Le voyageur qui circule dans nombre d'autres pays de l'Union européenne n'y retrouve guère cette espèce de scepticisme amer, d'« aquoibonisme » fataliste, de perte de confiance collective dans l'avenir. Et pourtant, tous les voisins qui nous entourent auraient quelques raisons de se sentir plus malheureux que nous. En dehors de Londres, la Grande-Bretagne connaît des jours économiquement et socialement très difficiles ; l'économie espagnole est en chute libre ; l'Italie peine à conjurer ses maux endémiques : un Sud parfois sous-développé, des mafias omniprésentes, des médias nationaux perçus comme « sous contrôle » ; une Suisse qui connaît de vrais problèmes de cohésion interne, l'Allemagne vieillit et sa population diminue puisqu'elle ne fait plus d'enfants ; et la Belgique se demande toujours si elle existera encore l'année prochaine.
Bien sûr, il est normal que dans notre pays, nous nous inquiétions : sous nos yeux s'allonge la liste des victimes des bouleversements produits par la conjonction de la mondialisation de la concurrence et de la révolution de l'information. Nous savons que nos proches peuvent, comme nous-mêmes, être touchés à leur tour par ces chocs à la fois nouveaux et inattendus. Nous nous demandons si nous, Français - petit pays au c½ur d'une Europe qui n'a pas encore su se doter d'une volonté stratégique à la hauteur de celles des BRIC ou des États-Unis - nous allons réussir durablement à produire une économie qui nous permette de financer ces remarquables systèmes de solidarité qui sont au c½ur de notre Contrat social. Les autres Européens connaissent au moins les mêmes angoisses. Mais, comme l'indique Éric Maurin dans son magistral essai sur « La peur du déclassement »(1), nous sommes les seuls à les transformer en un gigantesque découragement collectif au lieu d'en tirer le courage d'inventer tous ensemble un avenir plus passionnant.
C'est le syndrome de Jean-qui-grogne, pour qui les bouteilles sont éternellement à moitié vides : serions-nous, à jamais, doués pour le malheur ?
1. La peur du déclassement, Éric Maurin, La République des idées, Le Seuil, 2009.

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