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Article du numéro 399 - 15 avril 2010
Les élections régionales ont encore été marquées par la confusion entre enjeu national et scrutin territorial. Décidément, nous n'arrivons pas en France à trouver le ton juste dans les débats sur les politiques locales. Comment s'étonner que l'abstention sorte largement vainqueur du scrutin ? Tous les articles du numéro 399 |
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Bruno Rémond
Professeur à Sciences Po
et maire adjoint
« Comme c'est bizarre... » Telle est l'étrange impression qui se dégage électoralement, politiquement et institutionnellement, après la campagne et à l'issue des deux tours de scrutin, des élections régionales des 14 et 21 mars dernier.
Données paradoxales et réalités ambiguës s'y trouvent en abondance, en effet.
Sur le plan électoral, plus la gauche l'emporte, plus le taux d'abstention augmente d'une échéance à l'autre : 2 régions métropolitaines à gauche (Nord-Pas-de-Calais, Limousin) en 1986 et en 1992, puis 14 en 1998, 20 en 2004 et 21 en 2010 ; mais, en sens inverse, 22,1 % d'abstention en 1986, 34,4 % en 1992 puis 42,3 % en 1998, 39,3 % en 2004 et surtout 53,6 % cette année.
Ainsi, à l'essor de la gauche dans les régions, considérée de plus en plus légitime pour les diriger, correspond un désintérêt croissant du corps électoral, l'affection idéologique le disputant à la désaffection démocratique lors des renouvellements successifs des responsables régionaux.
Politiquement, le constat n'est pas moins étonnant. Loin d'un débat région par région, permettant de comparer les options et les propositions de chaque liste, en relation avec les potentialités et les difficultés de chaque région et autorisant un jugement tant du bilan du passé que de l'élan pour l'avenir, les médias et les politiques nous ont offert un psychodrame d'ampleur nationale dans lequel les présidents de régions sortants furent présentés comme des fossoyeurs de la politique nationale, ces mêmes présidents estimant dans le même temps constituer par leurs actes un bouclier protégeant la société des effets des décisions gouvernementales. Deux lignes de débats sans raccordement !
Quand cessera-t-on de confondre enjeu national et scrutin territorial, avec pour conséquences d'accroître le désintérêt des citoyens pour les élections locales, de transformer celles-ci en exercice de défoulement psycho-politique et d'accroître l'attirance pour les partis extrêmes ! Faudra-t-il, pour ce faire, en arriver à organiser des élections régionales temporellement disjointes les unes des autres, comme en Allemagne ou en Espagne ? Pourquoi pas.
Enfin, institutionnellement, aucune vision claire des compétences des régions et aucune appréhension éclairée de leurs apports en matière d'innovation, de modernisation et d'intensification des politiques publiques de leurs responsabilités n'ont été présentées et analysées. Il leur fut même reproché leur inefficacité dans des domaines relevant de la seule compétence de l'État. Et, en sens inverse, ce même État fut accusé de souhaiter la disparition du fait régional.
Bizarre nation où règne si fortement et si constamment la confusion des idées, des réalités et des finalités.
Bizarre situation où tout un chacun proclame haut et fort l'importance du rôle des régions et où l'on s'évertue dans le même temps à minimiser leurs actions, voire à en ignorer l'existence, même au contraire de ce qui se passe dans tous les autres pays européens.

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