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Le magazine des professionnels de la gestion territoriale.
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Article du numéro 399 - 15 avril 2010
L'État s'appuie sur la directive « services » pour chambouler le secteur de la petite enfance. Résultat : les professionnels de la petite enfance font grève, descendent dans la rue... ou jettent l'éponge. Tentative de décryptage engagé d'une crise inédite. Tous les articles du numéro 399 |
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La société irlandaise de crèches privées « Little Red Babies » vient de déposer plainte auprès de la Commission européenne au sujet des aides apportées par la commune de Bormes-lès-Fontaines aux crèches municipales. « Ces subventions, dénonce-t-elle, sont directement contraires aux règles européennes. En effet, elles ne sont ni temporaires, ni dégressives dans le temps. Elles constituent des subventions de fonctionnement pérennes... ». Verra-t-on bientôt fleurir ces lignes dans les colonnes de la presse régionale ?
Considérés désormais comme des services d'intérêt économique, les établissements d'accueil de la petite enfance ont été inclus sans le moindre débat dans le champ d'application de la directive européenne sur les services. Seules les crèches associatives ne recevant pas plus de deux cent mille euros d'aides sur trois ans, y compris les contrats aidés et les aides en nature, pourront échapper aux nouvelles règles (cf. la circulaire ministérielle du 18 janvier 2010 « relative aux relations entre les pouvoirs publics et les associations » in JORF n° 0016 du 20 janvier 2010). Une fois ravalées au rang de banals services marchands, les crèches publiques, familiales, collectives ou associatives couleront-elles encore des jours paisibles ? À l'heure de l'appel d'offres érigé en dogme, verront-elles les aides diminuer en peau de chagrin afin « de ne pas fausser la concurrence » ? Les assistantes maternelles hexagonales seront-elles ou non supplantées par des gardiennes à domicile d'Europe de l'Est employées par des sociétés mandataires établies Outre-Rhin ou en Irlande ?
Autant de questions laissées sans réponse précise à ce jour, en dépit des différents courriers adressés par le président de l'Association des maires de France, Jacques Pélissard, aux ministres concernés le 16 décembre dernier. Pour autant, personne n'est dupe : il suffit de relire les conclusions de la mission « révision générale des politiques publiques » pour comprendre qu'une redistribution des cartes majeure est en cours (lire à ce sujet le livre Nouvelles politiques d'accueil de la petite enfance : le grand chamboulement, p. 101, cf. infra). Une incroyable épée de Damoclès plane au-dessus des gestionnaires et des assistantes maternelles, d'autant que l'État joue un rôle ambigu, semant tour à tour la confusion ou l'intimidation, comme lors du discours prononcé par Nicolas Sarkozy le 13 février 2009, dressant des écrans de fumée, voire, peut-être, jouant son va-tout comme on le constate en ce moment avec la loi sur les « Maisons d'assistantes maternelles » ou le projet de décret destiné à débrider les normes.
Mais là n'est pas la seule pierre d'achoppement. Aujourd'hui, les menaces de réformes radicales s'entrechoquent dans la confusion. L'Inspection générale de l'action sociale (IGAS) recommande de transférer radicalement la petite enfance aux collectivités locales - comme dans le rapport Tabarot. Le Centre d'analyse stratégique (ex-Commissariat au Plan) annonce la prochaine recentralisation du secteur à partir d'« agences régionales de l'enfance et de la famille » supplantant les anciens acteurs(1). Taraudés par l'absence de vision claire du chemin à suivre, les décideurs semblent sacrifier l'essentiel à « l'urgence » ou au quantitatif. Après le trompe-l'½il du « droit opposable », désormais repoussé aux calendes grecques, des solutions utilitaires substitutives sont progressivement mises en place, au risque de cristalliser le mécontentement, comme on l'a vu lors des grèves du 23 mars ou du 8 avril (voir à ce sujet le site « Pas de bébés à la consigne ! »). Les gestionnaires s'inquiètent ou réagissent, à l'instar de la fédération des crèches associatives parentales (Association des collectifs enfants, parents, professionnels - Acepp).
Dans un contexte aussi instable, prévoir la suite des événements équivaut à lire dans le marc de café. Mais un bref tour d'horizon permet de mettre en évidence certains enjeux :
1°) Le grand Meccano d'État actuel, alternant reconfigurations et pressions économiques graduées sur les communes, vise à contraindre les collectivités locales à déléguer le secteur des crèches au privé de façon radicale... aussi néfastes qu'en soient les conséquences(2).
2°) Depuis l'abandon du Contrat-Enfance en 2006, la mise au rancart progressive de l'ancien système partenarial amplifie les problèmes de façon extrêmement dommageable. Une illustration sensible : la Martinique, où la Cnaf est désormais contrainte d'intervenir massivement pour enrayer l'avalanche de mises en liquidation judiciaire dans le secteur des crèches associatives. D'une façon générale, les instances nationales ont pris la détestable habitude de foncer tête baissée sans se préoccuper de la faisabilité de leurs décisions. Dans l'Est de la France, l'entrée en vigueur au 1er janvier 2010 du décret n° 2008-1384 du 19 décembre 2008 « portant modification des modalités de calcul et de versement des prestations familiales » a entraîné un cortège de licenciements d'assistantes maternelles employées par des travailleurs frontaliers, un gâchis de plus à l'issue des nombreux effets pervers de la PAJE en milieu rural.
3°) Siégeant à Matignon, le Haut Conseil de la famille prépare la refonte du congé parental. Qu'il soit réduit aux douze premiers mois de l'enfant, avec, comme horizon, le jardin d'éveil à vingt-quatre mois - comme le recommandent les technocrates - signifierait qu'un trait définitif serait tiré sur les bienfaits éducatifs de la mixité d'âges... les crèches et les assistantes maternelles devant alors surtout se cantonner aux douze-vingt quatre mois dans le cadre d'un étrange
« séquençage ».
Disons-le tout net : les plans actuels sont terriblement approximatifs ; reposant sur une logique de défiance à l'égard des professionnels, des associations et des collectivités locales, ils nivellent par le bas, vident les projets antérieurs de leur dimension éducative et mettent les plus vulnérables en difficulté.
Comment en est-on arrivé là ? Jusqu'où les foucades et les à-peu-près nous mèneront-ils ? Pourquoi l'organisation coopérative antérieure a-t-elle été jetée aux oubliettes sans discernement ? Pourquoi la dimension culturelle est-elle répudiée au profit d'idées fausses, marquées au coin d'un passé révolu ? Ces incessants effets de Yo-Yo et ces dérives autodestructrices trouveront-elles, enfin, un terme ? À quand la mise en place d'un authentique service public de la petite enfance ?
1.Note de veille n° 157, Accueil de la petite enfance : comment continuer à assurer son développement dans le contexte actuel des finances locales ? nov. 2009.
2. Voir : La planète privée, au risque du plongeon, JP Gayerie, p. 86 à 89.
Catherine Alquier
responsable nationale chargée des assistantes maternelles à la CFTC Santé-Sociaux
cftc.alquier@wanadoo.fr
« Des boulevards au secteur clandestin »
Le Centre d'analyse stratégique vient d'annoncer la création « d'Agences de l'enfance et de la famille présentant le double avantage de rassembler les acteurs tout en assurant la légitimité de la prise de décision ». Ces agences auraient pour mission « de contractualiser avec les assistantes maternelles des conventions sur les modes des droits et des devoirs » ainsi que « de chapeauter le réseau des référents uniques » modes de garde. Qu'en pensez-vous ?
« Contractualiser » mais à quel prix ? Quel salarié de France doit signer un conventionnement avec un organisme d'État pour travailler, en sus de la procédure d'agrément et du contrat avec l'employeur ? Nous redoutons que ces agences ne se substituent aux employeurs à plus ou moins long terme, comme les URSSAF l'ont fait en mettant en place l'attestation PAJE. Gare aux professionnelles qui ne respecteraient pas les règles imposées - donner ses disponibilités, baisser ses tarifs, etc. - : elles se retrouveraient vite hors jeu...
Quoique soumis à autorisation de la CNIL, le site internet « Monenfant.fr » collecte et stocke des données massives sur les assistantes maternelles. Quels sont les risques ?
La possibilité d'aider les parents et les professionnels à se rencontrer dans le cadre de la mise en réseau est, bien sûr, complaisamment mise en avant ; nous craignons, cependant, que ce site soit utilisé un jour ou l'autre pour inciter à la performance, établir des profils de personnalité, cibler ou culpabiliser tel ou tel, voire surveiller le temps de travail, etc. C'est la porte ouverte, par exemple, à l'« évaluation » des assistantes maternelles à domicile et... à distance. Nous dénonçons ce sombre visage du contrôle social et, surtout, nous refusons d'être soumises aux « référents uniques », a fortiori par l'intermédiaire d'un outil de pression technologique. Ces mesures chimériques et dirigistes commencent à effrayer bon nombre de nos collègues, ce qui ouvre des boulevards au secteur clandestin.
« Je soutiens totalement la proposition de loi de Jean Arthuis pour le développement des maisons d'assistantes maternelles en milieu rural [...] J'oserai, d'ailleurs, une remarque. Bien sûr qu'il faut faire attention, les conditions de sécurité, d'hygiène pour garder nos enfants, mais arrêtons aussi la folie réglementaire ! Entre les conditions de mètres carrés, le nombre de fenêtres, l'air qui circule, le nombre de personnes, il n'y a pas un seul de nos enfants, chez nous qui soit gardé comme ils sont gardés dans des établissements publics. Nous avons besoin de service à la personne [...] Je ne veux pas dire que les problèmes de sécurité, d'hygiène ne sont pas importants mais parfois on se demande si tout cela est bien raisonnable. Franchement, en ce qui me concerne, j'ai apporté une réponse, cela ne l'est pas ! »
Discours prononcé à Morée (Loir-et-Cher), le 9 février 2010.
Cet ouvrage, accessible et documenté, se propose de vous aider à mieux comprendre les bouleversements actuels de la petite enfance afin de définir ou de réorienter votre stratégie. Renouvelant en profondeur l'approche du secteur de la petite enfance, ce livre ne se limite pas à offrir au lecteur un ensemble de connaissances et de pistes de réflexion : il décrit des initiatives locales exemplaires, questionne la réalité du point de vue des professionnels de terrain, fait le point sur les « microcrèches » et les regroupements d'assistantes maternelles, avant de recommander une stratégie.
Par Jean-Pierre Gayerie, DE n° 564, 130 pages, Territorial éditions.
Sites internet à consulter :
www.strategie.gouv.fr
www.amf.asso.fr
www.pasdebebesalaconsigne.com
www.acepp.asso.fr
http://www.ssig-fr.org
http://www.passerelles.eje
Pour se former
« Statuts et gestion des assistants maternels »
À Paris, le mardi 04 mai 2010,
À Lyon, le mardi 16 novembre 2010.
Contact : Joëlle Mazoyer
04 76 65 61 00
joelle.mazoyer@territorial.fr

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