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Qu'il est difficile d'anticiper

Article du numéro 398 - 01 avril 2010

Repères

Dans nos villes, nous n'avons pas su anticiper les difficultés des quartiers périphériques. Aurons-nous les mêmes difficultés avec des villes des pays en développement ?

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Jean-Pierre Charbonneau

Jean-Pierre Charbonneau
urbaniste, consultant en politiques urbaines ou culturelles
http://jpcharbonneau-urbaniste.com
http://www.mediapart.fr/club/blog/Jean-Pierre + Charbonneau


Qu'est-ce qui nous guide donc pour que collectivement nous soyons si peu capables de prendre au sérieux ce qui va advenir pourtant de manière inéluctable ? Hier le réchauffement climatique était quasi certain. Ses conséquences sont à présent bien tangibles partout dans le monde.
Certes, il est plus difficile de réagir contre un phénomène planétaire. Mais de nombreux sujets témoignent de la difficulté que nous avons à anticiper. Prenons l'exemple des finances publi­ques des collectivités locales. Il y a vingt ans, chaque ville, chaque équipe politique prenait à c½ur d'équiper, de moderniser. Des investissements considérables ont été faits, la plupart du temps financés par l'emprunt. Peu à peu l'endettement a augmenté, des économies ont été faites mais sans commune mesure avec la réalité budgétaire.
Où en sommes-nous à présent ? Nous avons dépensé plus d'argent que nous en avions. Alors, les jeunes qui arrivent sur le marché ne disposent plus des budgets minimums nécessaires à une action sérieuse. Et nous n'avons pas pour autant résolu des problèmes urbains qui, à l'image des villes et de la société, évoluent, changent de nature. N'aurions-nous pu nous préoccuper de ceux qui allaient venir après nous et avoir à affronter des phénomènes urbains que nous ne pouvions connaître mais qui ne manqueraient pas d'advenir ?


L'apprentissage du travail urbain

Prenons l'exemple des quartiers en difficulté. Depuis trente ans, des sommes considérables y ont été mises. Nous avons dû en fait d'abord apprendre à affronter les sujets traitant de l'urbain : comment maintenir des commerces, créer des espaces publics, apporter un service de transport efficace, améliorer le logement. Les résultats sont dans ce domaine encourageants. Mais il a fallu apprendre à analyser le problème, à mesurer la nature des moyens humains ou financiers à mettre face à sa dimension même, à coordonner des actions, des partenaires, à impliquer la population... nous sommes en fait dans une période d'apprentissage du travail sur l'urbain. Alors utilisons ce que nous avons appris pour anticiper ce qui pourrait arriver.
Ailleurs, les grandes villes du sud ne cessent de s'agrandir, de s'étendre sur des territoires loin du centre, parfois sans eau ni électricité, souvent sans services sanitaires ou sociaux, induisant des conditions de vie déplorables. Bien entendu, ces nouveaux quartiers abritent souvent des communautés très actives. Mais ils sont aussi des lieux où il est difficile de vivre et le terreau sur lequel fleurissent les problèmes sociaux ou de délinquance. C'est la réalité de beaucoup de villes, mais ce phénomène ne cesse de s'amplifier.
Comment assurer un développement urbain harmonieux de ces quartiers quand ils rencontrent des problèmes bien plus graves que ceux que nous avons à affronter en France ? Comment le faire avec encore beaucoup moins d'argent, moins de professionnels, moins de savoir acquis peu à peu. Cette situation n'est pas étrangère à nous, elle est à notre porte, ces banlieues sont déjà nos banlieues. Il n'est que de voir les flux migratoires pour s'en convaincre. Ne sommes-nous pas là encore autistes ?


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