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Article du numéro 398 - 01 avril 2010
Les politiques sociales ne peuvent plus se contenter d'être des dispositifs d'indemnisation et de réparation. Elles doivent incarner une stratégie collective d'investissement social. Tous les articles du numéro 398 |
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Les politiques sociales ne peuvent plus se contenter d'être des dispositifs d'indemnisation et de réparation. Elles doivent incarner une stratégie collective d'investissement social. En un mot, il s'agit de passer d'un État-providence essentiellement « infirmier », à un État-providence « investisseur ».
Jacques Delors et Michel Dollé (rapporteur général du CERC) font le constat de la crise, des remises en cause et de l'inadaptation relative de l'État-providence français. Ils suggèrent la voie possible de l'« investissement social » pour les réformes nécessaires et apportent leur définition de ce qu'est un État d'investissement social. Celui-ci ne vient pas remplacer l'État-providence classique, mais le compléter, tout en le transformant.
Pour les trois fonctions traditionnelles des pouvoirs publics face aux risques sociaux, l'État-providence classique se concentre pour l'essentiel sur la deuxième. L'État social « actif » (qui fait tout pour placer les individus en emploi) insiste sur la dernière.
L'État d'investissement social couvre les trois dimensions, en insistant sur la première. Paramétrage différent des champs de la protection sociale, la logique appelle tout de même des modifications en profondeur. Jacques Delors et Michel Dollé plaident en particulier vivement en faveur du développement des services et équipements collectifs, plutôt que des prestations monétaires et des avantages fiscaux.
L'implantation de l'idée d'investissement social passerait par le maintien de l'État-providence classique, au moins dans ses traditionnelles dimensions assurancielles pour la santé, la retraite et les accidents du travail.
Des transformations substantielles seraient attendues pour ce qui relève de l'emploi, des retraites et des politiques familiales (trois domaines d'ailleurs très liés). Le propos est donc, pour nos deux auteurs, d'étendre l'État-providence en le transformant, avec une visée : que le destin de chacun soit mieux sécurisé par l'emploi de qualité.
Puisque le principe de l'investissement social est de placer en priorité les dépenses favorables à la constitution et l'entretien du capital humain, ce sont les politiques familiales qui se trouvent en bonne place des propositions.
La politique familiale devrait être plus active, afin d'aider les jeunes, les femmes, les personnes à la tête de foyers monoparentaux pour s'insérer sur le marché du travail. Delors et Dollé soulignent que les moyens dévolus à cette indiscutable priorité que doit être l'appui aux familles pour mieux concilier vie sociale et activité professionnelle ne devraient pas être tant concentrés sur les moins de 6 ans. Les problèmes, en effet, ne s'arrêtent pas à l'école maternelle. Relayant les critiques de la Cour des comptes sur des dépenses qui ont fortement augmenté alors que cela n'a pas été le cas des taux de couverture ; relayant également les résultats d'études internationales qui montrent combien les accueils collectifs peuvent être bénéfiques aux enfants défavorisés, les deux auteurs avancent une idée-force. Pour
« investir dans l'enfance » (titre d'un chapitre), il faut un « service public de l'enfance ». Contenu et format d'une telle ambition sont à discuter. Mais sa légitimation est très bien amenée.
Jacques Delors, Michel Dollé, Paris, Odile Jacob, 2009, 284 pages, 23 euros.
Julien Damon, julien.damon@sciences-po.fr

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