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Le magazine des professionnels de la gestion territoriale.
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Article du numéro 395 - 15 février 2010
Nos organisations déshumanisées fabriquent de mauvaises performances. Mais ceux qui le disent prêchent dans le désert. Aussi, quand la justice le reconnaît, il faut s'en réjouir. Peut-être cela forcera-t-il certains à se pencher sur ce problème majeur. Tous les articles du numéro 395 |
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Sandra Enlart, directrice d'Entreprise et Personnel, vient de rappeler avec force et talent dans Le Monde(1) qu'il est parfaitement stupide d'attendre des performances remarquables nous permettant de rester compétitifs dans l'économie mondialisée avec le type d'organisation que tant d'entreprises ont mis en place en leur sein depuis une quinzaine d'années.
La conjonction malheureuse de la tyrannie du résultat à court terme liée à la financiarisation du capitalisme, de la réduction du temps de travail (les meilleures intentions venant à contretemps peuvent produire des catastrophes) et de schémas de production informatiques pseudo-rationnels de type ERP a chassé de nos espaces de travail le temps de vivre, la parole libre et vraie, le respect des personnes et a profondément déshumanisé nos relations professionnelles. Il serait tragique que, par mimétisme managérial, des collectivités territoriales, des administrations ou des hôpitaux transfèrent en leur sein les mêmes pratiques.
Nous sommes quelques-uns à hurler dans le désert que la plupart de ces organisations sont ineptes parce qu'elles rétrécissent les talents en les formatant dans des schémas prédéfinis et appauvrissants au lieu d'inventer sans cesse la meilleure manière de leur permettre de s'entre-enrichir, de se développer et de se multiplier autour d'objectifs partagés.
On est en train de passer d'un taylorisme des tâches à un taylorisme de l'information. Or, comme le rappelle souvent Sandra Enlart, « l'information n'est pas la connaissance, la réception de l'information n'est pas son traitement et la circulation de l'information n'est pas son partage » : nombre de nos organisations deviennent de plus en plus décommunicantes et donc peu efficaces.
Ce n'est pas avec des personnes robotisées que l'on produit des bonnes performances. C'est d'ailleurs miracle que les nôtres ne soient pas plus mauvaises ; mais c'est dû à la qualité des personnes qui parviennent à compenser la si fréquente médiocrité des organisations. Étonnons-nous, après cela, de la montée de la souffrance au travail !
Comme tous les cris d'alarmes des DRH et des observateurs reconnus des réalités de la France au travail ne sont pas entendus - ou si peu - (le directeur financier et le directeur informatique bénéficient d'une autre qualité d'écoute !), il faut sans doute se réjouir de cette décision de la Cour de cassation qui, dans un arrêt du 10 novembre 2009, vient de condamner une association en mettant nommément en cause ses méthodes de gestion, la mauvaise qualité de son organisation pouvant caractériser un harcèlement moral.
Bien sûr, il ne faut pas souhaiter que la justice se transforme en évaluateur suprême des bonnes organisations d'entreprise ou de collectivité, mais si la peur du gendarme - ou du juge - peut conduire des dirigeants à réhumaniser leurs organisations pour que les femmes et les hommes qui travaillent en leur sein retrouvent le goût d'y apporter ensemble leurs talents, pour le plus grand bénéfice de la performance collective, que la Cour de cassation soit cent fois remerciée.
1. Le Monde du 19 décembre 2009 ; Sandra Enlart : « Il est urgent de redéfinir un contrat social ».

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