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Article du numéro 394 - 01 février 2010
Philippe Séguin était un homme de passion, de conviction et de détermination. Ceux qui ont travaillé avec lui savent qu'il fut un patron exigeant et attachant, qui a toujours donné du sens à ses
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Bruno Rémond,
Professeur à Sciences Po
Conseiller maître à la Cour des Comptes
« Le petit chose », tel aimait parfois se qualifier, avec humour, Philippe Séguin. Pourquoi ? Amoureux de la France, il était né hors de son territoire ; entré à l'ENA, il n'était pas du sérail ; et, homme politique, il n'était pas politicien.
La rapidité et la brutalité de son départ accroissent l'émotion qui s'attache à la perte d'un ami et d'un patron. D'un ami, rencontré lors de mon arrivée à la Cour des Comptes où le décès de Georges Pompidou l'avait ramené, retrouvé fréquemment à Sciences Po, puis lorsqu'il fut député et ensuite ministre des Affaires sociales. D'un patron, exigeant et attachant depuis sa nomination, voilà près de cinq ans, à la tête des juridictions financières.
Sa carrière politique a été abondamment rappelée et ses traits de caractère souvent commentés.
Mais l'essentiel est ailleurs, là où Philippe Séguin ancra profondément le sens qu'il donna tout au long de sa vie aux différents engagements qu'il assuma : magistrat, haut fonctionnaire, député, maire, ministre, président de l'Assemblée nationale, Premier président de la Cour des Comptes.
Trois mots de feu viennent alors à l'esprit : la passion, la conviction, la détermination.
La passion : celle de la France, celle de la République. De la France, il avait non pas une « certaine idée » mais une idée certaine, celle de sa grandeur comme de celle de son originalité. Et sa passion, forgée dans la douleur - celle du petit garçon recevant la médaille militaire accordée à titre posthume à son père, mort au champ d'honneur - l'anima toute sa vie et irradia tous ses choix. Quant à la République, ce pupille de la nation en célébra toujours les valeurs et, gaulliste de gauche, s'évertua en ses différents mandats à rétablir en lettres flamboyantes au fronton de nos mairies le mot de « fraternité ».
Ses convictions ? La première, fondamentale : l'absolue légitimité et l'impérieuse nécessité de l'État, seul capable de structurer la nation, seul à même de concevoir son avenir. Certains ont dit de lui qu'il était de droite. Ni de droite, ni de gauche, mais structurellement de l'État. D'où son mépris ou ses colères à l'encontre de ceux qui l'attaquaient ou l'abaissaient. À cela s'ajoutait son sens aigu de la responsabilité - aux deux acceptions du terme - qui fait la grandeur de la fonction publique au service de la nation.
Ces principes ont fortement marqué de leur empreinte sa détermination et son action. Pour ne parler que de la période la plus récente, il a été animé par le souci constant de rehausser l'indépendance de la Cour des Comptes, non pour sacraliser l'institution mais pour certifier l'objectivité de ses analyses de l'action publique, comme par l'exigence d'une rigueur intellectuelle peu commune.
Au-delà des appréciations naturellement divergentes affectant certaines de ses opinions ou de ses décisions, tel est l'essentiel.
Belle leçon à méditer par tous ceux, en service public, qui sont au service du public, qu'ils soient élus ou fonctionnaires.
À lire
Sur www.lettreducadre.fr, rubrique « au sommaire du dernier numéro »
L'interview donnée par Philippe Séguin à La Lettre du cadre :
« Distinguer autonomie fiscale et financière »,
La Lettre du cadre territorial n° 376, 15 mars 2009.

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