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« Veillons aux conditions de vie du plus grand nombre »

Article du numéro 394 - 01 février 2010

Interview

Sénatrice et maire de Montreuil, Dominique Voynet est à la tête
d'une ville de 100 000 habitants. Elle ne prône pas de projets
pharaoniques, Mais une mise à niveau progressive et écologique des politiques publiques, et veut des territoires urbains au service des habitants.

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Dominique Voynet
est sénatrice de Seine-St-Denis et maire de Montreuil.
Elle a été reponsable nationale des Verts et ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement du gouvernement Jospin entre 1997 et 2001.
Son blog : http://dominiquevoynet.net


En quoi l'action d'un maire Vert d'une ville de 100 000 habitants se distingue-t-elle d'un maire sans étiquette écologique ?

Dans cette ville de 100 000 habitants, on avait pourtant beaucoup discouru sur le développement durable et l'écologie, on n'était pas avare d'inaugurations spectaculaires du moindre panneau solaire. Mais il y avait un fossé énorme entre ce qui était affiché et les politiques conduites. De façon paradoxale, mon travail est essentiellement celui d'une remise à niveau des politiques publiques, de rigueur de la gestion du budget et des effectifs. Il s'agit de remettre cette ville dans le droit commun et dans la règle commune. Les écoles, la mairie elle-même, les principaux gymnases... la quasi-totalité des bâtiments de la ville sont des passoires énergétiques totalement délabrées. Le fait d'être écologiste m'a donc surtout conduite à réexaminer les politiques anciennes, qui privilégiaient l'affichage, alors que nous avions 30 ans de retard sur d'autres communes.


Y a-t-il une obligation particulière d'agir sur le plan écologique en direction des populations les plus démunies ?

De façon étrange, les dispositifs antérieurs prévoyaient surtout des aides financières dans le secteur pavillonnaire, où se trouvent essentiellement des propriétaires. Ces derniers ne sont d'ailleurs pas forcément riches : ceux qu'on qualifie de bobos s'endettent parfois lourdement pour acquérir leur maison. Mais il n'y avait aucun dispositif pour accélérer les chantiers écologiques dans le logement social, ou indigne du secteur privé. Dans la Cité de l'espoir par exemple, nous avons donc mené un chantier global. Nous changeons les huisseries et nous isolons les bâtiments par l'extérieur pour faire baisser le facteur énergétique des habitants. Nous fournissons des équipements pour casser le débit des robinets d'eau et réduire les consommations avec une sensation de confort équivalent. Nous mettons en place des compteurs individuels pour responsabiliser les usagers. Il n'y a rien d'extraordinaire, mais nous rattrapons du retard. Ce qui est bon pour l'environnement est bon pour la sécurité des habitants et pour les finances de la ville.

Il nous faut aussi nous attaquer au grand chantier de la propreté. Comme dans beaucoup de villes, nous sommes confrontés à une explosion du volume des choses jetées et à une incivilité massive de toute la population. Là où il suffisait de nettoyer une fois par semaine il y a dix ans, il faudrait passer tous les jours. Nous avons donc un énorme problème culturel et sociologique en matière de déchets. C'est une priorité pour 2010, et je ne me résous pas à seulement augmenter les moyens ou les impôts pour balayer davantage : il faut faire évoluer les comportements.


Quel regard portez-vous sur la réforme territoriale, voulue par Nicolas Sarkozy ?

Sur la question de la rationalisation de l'intercommunalité, certains dénonceront le renforcement du rôle du préfet et une recen­tralisation. Je considère plutôt qu'après des années d'incitations, il n'est pas scandaleux de prendre acte des difficultés de certaines communes à s'engager dans l'intercommunalité. D'une certaine façon, brandir la menace, c'est les inciter à se prendre en main.
Ce qui est plus problématique dans ce projet de loi, c'est ce qui n'y est pas dit. Je ne suis pas choquée par les métropoles : quand on a fait le choix d'une communauté urbaine, qu'on veuille aller plus loin dans l'intégration et le portage commun de projets, pourquoi pas ? Mais confier aux métropoles des compétences des départements ou des régions est très hasardeux. Cela créera des situations très hétéroclites entre les territoires en métropole et les autres, d'un département à l'autre, ou dans un même département, car certaines compétences seront exercées avec peu de moyens, puisqu'aucune mutualisation n'est prévue.


Comment réagissez-vous à la volonté de supprimer les Pays ?

Je trouve dommage qu'on privilégie l'intercommunalité conduite à la baguette ou sur la base d'incitations financières, et pas l'intercommunalité tranquille, qui se construit avec des projets, sans carotte financière, mais avec une confiance des élus qui se construit petit à petit. Je compte sur les élus engagés dans les Pays pour les défendre.


Vous combattez le projet du Grand Paris : que lui reprochez-vous ?

On nous a annoncé une réforme territoriale complète, une mise en cohérence des politiques conduites à l'échelle de l'Ile-de-France, et on accouche d'un projet de transport rapide reliant des zones de déve­loppement économique. Cela au prix d'une remise en cause des procédures de consultations des populations et des élus et de procédures d'urbanisme dérogatoires. Relier des pôles dynamiques entre eux, à haute vitesse, sans desservir les zones d'habitat et sans répondre aux difficultés des territoires plus marginalisés, ne me semble pas juste. C'est peut-être une logique de compétitivité internationale, mais c'est surtout une démarche qui tolère, voire encourage, l'étalement urbain, qui renforce l'effet de fracture, qui acte une allocation peu cohérente des fonds publics, avec une rentabilité aléatoire de l'ensemble.


Y a-t-il un projet alternatif ?

Ce projet pharaonique va manger les marges de man½uvre budgétaires pendant longtemps, alors qu'elles s'étaient déjà dégradées avant la mise ½uvre du « grand huit ». Un projet alternatif serait beaucoup plus humble et plus modeste. Il viserait à aménager en synergie, par la constitution d'un réseau maillé, tous les territoires d'Ile-de-France qui ont besoin de tramways, de bus, d'amélioration de réseau RER, de prolongement de métro, d'entretien des matériels... Je ne suis pas opposée à des équipements nouveaux, mais à condition que leur utilité sociale soit démontrée. Veillons aux conditions de vie du plus grand nombre, pour permettre l'efficacité globale de l'ensemble.


Vous venez de recruter une Directrice Générale des Services et voulu une parité dans votre équipe de direction...

Je ne me suis pas dit, en arrivant à la mairie de Montreuil, « je vais nommer des femmes pour faire un coup ». J'ai en revanche constaté que certaines mesures d'organisation du travail permettaient aux femmes de se sentir à l'aise dans leur façon de travailler et de briguer des responsabilités nouvelles. L'idée n'est donc pas d'avoir des femmes symboles, mais une stratégie de promotion professionnelle des femmes, avec un changement dans l'organisation du travail qui permette aussi à des hommes qui ont des contraintes particulières, qui élèvent des enfants ou qui poursuivent des études, de donner le meilleur d'eux-mêmes. Cela se fait petit à petit : il nous a fallu deux ans pour parvenir à la parité.


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