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Interco : harmoniser... ou pas

Article du numéro 394 - 01 février 2010

A la une

Transférer les agents des communes vers l'EPCI n'est déjà
pas une sinécure. Mais la suite s'avère parfois pire encore :
c'est une multiplicité de régimes que doivent gérer les DRH
et les DGS intercommunaux. D'où des bouffées d'espoir à la
vue d'une jurisprudence permettant un peu d'harmonisation
dans un monde de désordre. Faut-il pour autant crier victoire ?
Rien n'est moins certain car un subtil et coûteux dosage est à
opérer au cas par cas...

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Ce n'est pas un statut, mais un mille-feuille de statuts que doivent avaler, vaille que vaille, des cohortes de cadres territoriaux intercommunalisés de gré ou de force. Au risque de l'indigestion. Un arrêt a récemment permis d'harmoniser tout ou partie de ces régimes... mais cette simplification passe alors par de coûteuses contreparties pour les agents : un petit parfum d'argent qui risque d'être plus agréable aux agents qu'aux directeurs financiers.


Les ingrédients

Pour un gestionnaire intercommunal de ressources humaines, les ingrédients de la préparation sont :
- Les avantages collectivement acquis
Primes et autres avantages créés avant 1984 dans la commune, ils peuvent être maintenus à titre individuel par délibération de l'organe délibérant intercommunal. Ce régime n'est toutefois pas une panacée. En effet, à titre d'exemple, le responsable des ressources humaines d'un EPCI regroupant dix communes peut se retrouver avec pas moins de onze statuts différents à gérer : un par commune membre ayant transféré des agents, d'une part, et un « statut maison » pour les agents directement recrutés par l'EPCI, d'autre part. Il s'agit bien en effet d'un maintien « à titre individuel » de ces avantages, agent par agent. Et, contrairement à une idée reçue, il n'est pas question alors d'uniformiser le statut des agents à la hausse : en effet, comme tout employeur public territorial, depuis 1984, l'EPCI ne peut pas créer de nouveaux avantages collectivement acquis, sauf à ce que ces avantages soient égaux ou inférieurs à ce dont bénéficient les agents de l'État. De plus, cette règle est - en pratique - appliquée aux agents qui viennent à une communauté en provenance des communes, mais aussi à ceux qui viennent d'un syndicat de communes, ce qui est pour le moins discutable en droit.
- La loi 99-586 du 27 février 2002
Elle a créé l'article L. 5211-4-1 du CGCT, lequel dispose que les agents transférés « conservent, s'ils y ont intérêt, le bénéfice du régime indemnitaire qui leur était applicable ». Là encore, l'EPCI se retrouve avec autant de régimes qu'il avait de communes... plus un : celui qu'il instaure pour ses nouveaux agents, tout en devant respecter le principe selon lequel lesdits éléments de régime indemnitaire (ceux postérieurs à 1984) doivent ne pas excéder ce à quoi peuvent prétendre les agents de l'État.


Les anciennes recettes

Concrètement : avant 1999 et 2002, les agents ne voulaient pas « aller à l'intercommunalité » pour ne pas perdre leurs avantages collectivement acquis (13e mois, primes annuelles ou autres). Depuis, il n'y a plus de frein psychologique à l'intercommunalisation des agents, mais ce sont les DRH et les DGS qui souffrent puisqu'ils doivent gérer une multiplicité de régimes. Et les agents ne comprennent pas toujours pourquoi, à travail égal, tel agent a un 13e mois et pas un autre.

Face à cette situation, trois recettes sont possibles :
- soit gérer la multiplicité des régimes et attendre que tout ceci se tasse au fil des renouvellements de personnels... au prix de difficultés à court terme ;
- soit ne jamais procéder à des transferts venant des communes membres : cette solution s'avère limitée, en droit comme en pratique, aux communautés dotées de peu de compétences ou aux territoires ayant coutume de tout déléguer au privé ;
- soit tenter d'harmoniser vers le haut les régimes indemnitaires et les avantages collectivement acquis, sur la base du volontariat, au prix de surcoûts, certes, mais en gagnant la paix sociale. Mais cette solution est d'une franche illégalité si, comme souvent, les EPCI en profitent pour créer des avantages collectifs (postérieurs à 1984) dépassant ce à quoi ont droit des agents de l'État. Néanmoins, certains EPCI s'abandonnent à cette solution avec l'espoir d'échapper au contrôle de légalité.
Aucune de ces recettes n'est très digeste et nombre d'EPCI restaient, en ce domaine, sur leur faim.


Un nouveau régime

Or, voici que le juge a autorisé les EPCI à utiliser une nouvelle recette, douce aux palais des agents, lourde pour les estomacs des directeurs financiers : l'harmonisation à la carte avec nappage d'avantages (pour que les agents acceptent cette harmonisation).
En effet, dans un arrêt du 19 février 2009, Syndicat Force Ouvrière du personnel de l'agglomération du Val-de-Seine (req. n° 07VE01097), la cour administrative d'appel de Versailles a précisé que ces textes n'interdisent pas à un EPCI d'unifier le régime indemnitaire de ses agents et de revenir sur le maintien des avantages collectivement acquis.
La recette est simple :
- prenez des agents bien frais émoulus de leurs communes ;
- délibérez pour leur maintenir les avantages collectivement acquis ;
- pendant ce temps, commencez à préparer un nouveau régime indemnitaire maison. Ne lésinez pas sur la concertation ;
- le régime indemnitaire maison sera certes moins attractif à la base, surtout si les agents ont pour l'heure été habitués à de confortables 13es mois (sauf si l'EPCI a lui-même une ancienneté telle qu'il a pu créer avant 1984 des avantages collectivement acquis)... c'est pourquoi il faut saupoudrer le tout de tous les condiments dont on dispose pour rendre le mets appétissant aux yeux des territoriaux (ex : coefficient des IFTS-IHTS, etc.)... sans pour autant, côté régime indemnitaire, pouvoir aller au-delà de la diète usuelle des agents de l'État ;
- servez votre nouveau régime indemnitaire maison à vos agents en proposant, à chacun d'entre eux, de choisir entre l'ancien et le nouveau régime.


Un choix à la carte

Un peu partout, la question va vite devenir cruciale de savoir si l'on préfère :
- une hétérogénéité, à court terme coûteuse mais économe à moyen terme (quand les agents seront tous recrutés de l'extérieur) ;
- ou bien une homogénéité coûteuse dans la durée, mais qui rend l'EPCI attractif en tant qu'employeur et... un peu moins difficile à piloter.

Ce choix, à la carte, est donc à pratiquer au cas par cas en fonction des appétits de chacun. Avec, à chaque fois, un peu de budgets... pas mal de doigté et beaucoup d'art dans la présentation. Tout est dans le tour de mains !


L'½il du manager

Gilles Attard
Directeur général des services de la ville de Beaune
et de la communauté d'agglomération Beaune, Côte et Sud

D'abord s'occuper de l'évaluation

La Communauté d'Agglomération Beaune, Côte et Sud est née le 1er janvier 2007. Elle regroupe 54 Communes dont Beaune, la ville centre. Elle en partage, le responsable de l'Exécutif et le Directeur Général.

Les compétences qu'elle s'est donnée ont nécessité la mise à disposition de 237 agents par les Communes membres et le transfert ou le recrutement de 351 agents dans un cadre statutaire ou contractuel, représentant 312 équivalents temps plein.

La naissance de cette jeune "collectivité" s'est rapidement accompagnée de celle d'une culture "d'entreprise" très marquée par "l'esprit pionnier".

Pour autant, le management des "troupes" deviendra rapidement complexe par défaut d'un régime indemnitaire unique applicable à chaque agent, quelle que soit son origine.

Comment en effet faire cohabiter dans une même institution des agents à qui on impose les mêmes devoirs sans leur reconnaître les mêmes droits ?

Comment éviter que cette culture de la collaboration ne cède rapidement la place à celle de la méfiance, de la défiance, voire de la confrontation ?

Le législateur a, pour des raisons que l'on peut comprendre, institué le principe des avantages collectivement acquis, reconnu aux agents venant de collectivités de l'espace communautaire qui ont eu ou se sont données avant 1984, les moyens de reconnaître la qualité de leurs collaborateurs.
Il a en outre, pour des raisons sans aucun doute justifiées, admis le principe du choix pour les agents communautaires, entre ces avantages "transportés" et ceux mis en place par les jeunes institutions. Il a de ce fait admis la coexistence d'un régime indemnitaire à deux vitesses au sein d'une même institution communautaire. A moins que... (cf. l'article de Guillaume GLENARD dans la Lettre du Cadre du 15 janvier 2010).

Voilà un défi auxquels les Directeurs Généraux devront faire face sans délai, sauf à laisser s'installer une situation rapidement ingérable. Ce grand chantier ne pourra pas être ouvert sans se préoccuper au préalable de l'évaluation des politiques publiques mises en ½uvre et par conséquent de l'évaluation des agents. Les modalités de calcul du montant indemnitaire individuel ne pourront pas en effet être déconnectés d'une évaluation moderne, simple et donc aisée à comprendre par l'agent et à expliquer par le supérieur hiérarchique.

Il est grand temps de sortir de ce système de notation au caractère scolaire marqué et infantilisant.

La modulation d'une partie significative du régime indemnitaire faisant appel au niveau de responsabilité et à la qualité de la prestation de l'agent mesurée à travers l'atteinte des objectifs qui lui ont clairement été fixés, est un impératif qui ne doit pas être redouté par les agents les plus engagés et ils sont légion.
La refonte du régime indemnitaire de l'Etat pour ses propres agents avec la création de la Prime de Fonctions et de Résultats ouvre quelques perspectives intéressantes, qu'il sera opportun de décliner au niveau territorial puisque la possibilité en est désormais offerte. Son adoption par les Assemblées délibérantes ne suffira pas pour autant à assainir durablement la situation si elle ne s'accompagne pas d'un effort financier substantiel qu'impliquera un indispensable nivellement par le haut. Mais rassurons nos élus. Rien n'indique jusqu'ici que le plafond de verre que constituent les avantages qui ne peuvent être supérieurs à ceux dont bénéficieront les agents de l'Etat, volera en éclats.

Cette charge nouvelle ne sera pour autant acceptable que si elle s'accompagne d'une révision fondamentale de l'organisation des services et dans les missions qui leur sont confiées.

"Faire faire plutôt que faire".
Externalisation plutôt que régie, en toute hypothèse chaque fois que le rapport coût/efficacité est favorable. Cette option entraînera la constitution d'équipes pluridisciplinaires restreintes, "sveltes", constituées d'experts travaillant en transversalité et à même d'assurer des contrôles efficaces de l'activité des délégataires.

Cette expertise attendue participera au développement de la culture du résultat.

Cette équipe d'experts sera composée de collaborateurs mieux formés, mieux considérés, équitablement rémunérés et davantage responsabilisés.

Cette philosophie dans l'action qui privilégiera la gestion de projets à la gestion de moyens est sans aucun doute plus facile à mettre en ½uvre dans les nouvelles structures intercommunales.

Elle est possible, elle existe, j'ai participé à sa mise en ½uvre dans la Communauté d'Agglomération BEAUNE, Côte et Sud et je m'en félicite.


« Le choix d'une harmonisation raisonnée »

L'existence d'avantages très différents parmi les agents, allant du simple au triple à poste égal, avec quasiment la moitié d'entre eux ne bénéficiant d'aucune prime au titre de l'article 88 créait un fort sentiment d'injustice et rendait difficile la mise en place d'une véritable politique RH : comment dans ces conditions créer de la motivation, demander de la polyvalence et de l'implication, mettre en place l'évaluation des compétences... ?
La collectivité a donc instauré des montants de référence par niveau d'emploi avec une prise en compte des spécificités liées à la fonction selon des critères objectifs, négociés et transparents.
Toutefois, dans le contexte actuel de réforme des collectivités et de l'incertitude qui pèse sur l'avenir des recettes publiques, cette harmonisation n'a pu se faire sans compromis en s'alignant systématiquement à la hausse au vu des montants parfois conséquents, essentiellement pour les agents transférés. C'est déjà une enveloppe conséquente, plus du double du budget actuel, qui sera affectée à ce dossier.
Un arbitrage a donc été nécessaire et le choix a été fait de prioriser les catégories C (à la fois les plus bas salaires et plus de 80 % de l'effectif de la collectivité), et de fixer des minima pour tous les agents tout en maintenant les régimes des agents bénéficiant de montants supérieurs sans évolution pour l'avenir. Cela devrait permettre à terme d'aboutir naturellement à un nivellement des situations. Restera à engager une réflexion fin 2010 pour les catégories A et B afin de renforcer l'attractivité de la collectivité.

Serge Brunel, DGS CA du Grand Narbonne