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Compétitivité : place aux métropoles !

Article du numéro 388 - 15 octobre 2009

Interview

Dans un rapport sur la compétitivité des territoires, Christian Saint-Étienne propose de miser sur des réseaux de métropoles. Grandes, moyennes et petites villes trouveraient ainsi la voie du développement, en s'appuyant sur les régions comme grandes organisatrices des territoires. Explications.

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Christian Saint-Étienne
est professeur titulaire de la chaire d'Économie industrielle au Conservatoire national des arts et métiers
et membre au Conseil d'analyse économique.
Il a remis en juin au président de la République un rapport sur la « Mobilisation des territoires pour contribuer à la croissance ».
Membre du Nouveau Centre, il est conseiller de Paris et conseiller du Ve arrondissement.
http://christiansaint-etienne.eu


Quelles sont les grandes recommandations de votre rapport au président de la République ?

Je propose de rebâtir la France sur trois réseaux de métropoles. Le premier réseau rassemblerait les grandes métropoles crédibles au ­niveau international du point de vue de l'économie entrepreunariale de la connaissance, c'est-à-dire des creusets de création de richesses. Le deuxième réseau concerne ce que l'on pourrait appeler les métropoles régionales à vocation européenne. Il y a une quinzaine de ces métropoles qui maillent le territoire français. Il y a un troisième niveau, peut-être encore plus original, celui des pôles de rayonnement, ces villes de 100 000 à 200 000 habitants qui concentrent l'ensemble des fonctions qui permettent aux décideurs d'agir.
À côté de ce triple réseau de villes, je propose de confier aux régions de nouvelles responsabilités dans le maillage de territoires par le développement des entreprises. Elles ­auraient ainsi une responsabilité spécifique sur le développement de la recherche et de l'innovation en région. On leur confierait également une responsabilité spécifique dans le développement des transports ­interrégionaux et une responsabilité particulière d'aménagement du territoire en leur donnant une compétence d'agrément des SCOT.
L'idée clé du rapport est de passer d'une approche fondée sur les institutions et les procédures à une ­approche fondée sur les acteurs et les stratégies


Les métropoles françaises ont-elles la taille critique par rapport à leurs homologues européennes ?

Nous n'avons aujourd'hui que trois villes qui ont la taille européenne critique : Paris, au rang mondial, et Lyon et Marseille, au rang européen. Si l'on réunissait Marseille, Aix et Toulon, et Lyon et St-Etienne, nous aurions là deux villes puissantes au plan européen, même s'il faut ­investir massivement pour qu'elles atteignent vraiment ce rang. Au-delà de ces trois qui ont une vocation de métropole globale, nous avons quinze métropoles régionales, qui sont puissantes, mais qu'il faut beaucoup renforcer.


Dans votre schéma, que fait-on des petites villes de 10 à 20 00 habitants dont les infrastructures sont sans doute insuffisantes ?

Compte tenu de ce que l'on observe au plan mondial, les pôles de rayonnement régionaux peuvent fonctionner avec le troisième réseau, celui de cette cinquantaine de petites villes. Mais ce sera aux régions de veiller à l'émergence de ces pôles.


Avant votre rapport, vous proposez la mise en place par référendum de sept à huit régions de gouvernement, responsables de leurs infrastructures et de l'accueil des entreprises. Regrettez-vous que cette option n'ait pas été retenue par la commission Balla

J'ai évolué depuis cette proposition. Si nous mettons en place ce triple réseau de métropoles, sous réserve que nous ayons enfin un État stratège qui prenne des décisions de long terme, nous n'aurons plus besoin de renforcer massivement les régions. Ces dernières pourront alors mettre en place des partenariats interrégionaux sur certaines politiques, je pense notamment aux transports ou au développement économique. Si cela se fait en partenariat avec l'État stratège, la taille des ­régions devient secondaire.


L'État a-t-il aujourd'hui les moyens de cette ambition stratégique ?

D'abord, il faut définir des ambitions stratégiques, ce que nous ne faisons pas. Dans nos auditions, nous avons reçu les maires de Lyon, de Nancy ou de Grenoble : tous disent « quand nous voulons faire des projets stratégiques à vingt ans et que nous nous retournons vers l'État, celui-ci n'a rien à nous dire. Il n'est pas capable de s'engager dans un partenariat pour nous aider à nous développer ». L'État doit donc commencer par construire des visions fortes, partagées avec les métropoles et les régions. Les moyens suivront : quand on a des projets intelligents, on trouve l'argent pour les financer. Il ne s'agit d'ailleurs pas forcément d'argent budgétaire, il peut être emprunté : si c'est pour réaliser des investissements productifs, cela ne pose pas de problèmes.
Cela fait bientôt trente ans que l'État gouverne avec un horizon à dix-huit mois, alors qu'on attend de lui qu'il voie à quinze ans. Il doit être la vigie qui observe et analyse pour le compte de tous.


Cela veut-il dire que l'État doit devenir lui-même un acteur économique, par exemple à travers des entreprises publiques ?

Non. Il doit faire faire, s'appuyer sur les métropoles et les régions pour faire. Ces dernières doivent être en premières lignes, sous le contrôle de l'État, incitées par l'État, appuyées par l'État aiguillonnées, asticotées par l'État, si des métropoles ou des régions s'endorment. Mais ce dernier ne doit pas faire : l'État stratège, c'est trois cents personnes de très haut niveau, travaillant en réseau avec le centre de recherche des régions. Si nous avions dans chaque métropole ou région, une vingtaine de gens de haut niveau qui réfléchissent, un peu plus à dans le Grand Paris, à Marseille ou à Lyon, cela fait cinq cents personnes impliquées au niveau ­local, si on en ajoute trois cents au niveau de l'État, cela suffit. Mais il faut que ce soient des profils « top niveau », avec des personnes venant de l'étranger, ou qui s'appuient sur des réseaux d'experts. C'est une vision totalement renouvelée de l'État et des collectivités locales.


Que pensez-vous de l'état de l'organisation des collectivités locales ?

Le problème est davantage la clarification des responsabilités que la suppression des niveaux. Pour l'action sociale en milieu rural, il n'y a pas mieux que le ­dépar­tement. Pour l'action économique, ça n'a pas de sens de faire autrement qu'un ­niveau de la région, sauf pour quelques ­départements, moins de dix, comme le Rhône. Je supprimerais la clause de compétence générale aux ­départements et ­régions, sauf pour les départements ­ruraux qui pourraient avoir une clause ­générale de développement économique, car les villes y sont souvent tellement ­petites que seul le ­département peut faire bouger les choses.


En quelques années, nous sommes passés de l'aménagement à la compétitivité des territoires : la notion d'aménagement existe-elle encore ?

La notion d'aménagement et de service à la population n'a pas disparu.
Demandez aux départements, ils ne font que ça ! Je n'opposerais pas l'aménagement à la compétitivité. Les deux sont complémentaires : il faut aménager les territoires et les rendre compétitifs. D'où la nécessité de clarifier les compétences : sans tomber dans la ­caricature, on pourrait dire que les ­départements devraient être en charge de l'aménagement et les régions de la compétitivité. Si je propose de donner aux régions la responsabilité de la mise en cohérence des SCOT, c'est pour mettre en cohérence et lutter contre le ­mitage des territoires, et donc pour ­assurer leur compétitivité.


Quel est l'enjeu de la lutte contre « le mitage des territoires » ? Faut-il contraindre les maires dans la délivrance des permis de construire ?

Il faut d'autant plus lutter contre l'éparpillement que ceux qui construisent le plus loin de centre-ville sont les plus pauvres, et qu'ils seront les premières victimes de la hausse des prix de l'énergie. C'est l'enjeu de l'agrément des SCOT par les régions : il est peut-être trop dur pour une intercommunalité de dire non à certains errements des SCOT, c'est bien à la région de dire son mot et de leur demander d'améliorer leur copie.


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