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Le Mucem engage une course contre la montre

Article du numéro 387 - 01 octobre 2009

Musée

La première décentralisation d'un musée national à Marseille a été émaillée de nombreuses péripéties. Mais le Musée des civilisations de l'Europe de la Méditerranée (Mucem) devrait finalement voir le jour début 2013, juste à temps pour donner sa bonne impulsion à Marseille, capitale européenne de la culture en 2013.

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C'est une chance pour Marseille et son Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (Mucem) : le nouveau ministre de la ­Culture, Frédéric Mitterrand, aime la ­Méditerranée et est un chaud partisan du rapprochement des deux rives. À peine nommé, il a effectué une visite symbolique à Marseille, le 5 juillet, pour découvrir le site du futur musée et a ­assuré qu'il s'agissait d'une des priorités. Le 28 juin dernier, lors d'un séminaire gouvernemental consacré à l'utilisation de la manne du futur « grand emprunt ­national », le ministre assure avoir « abordé la question. L'idée d'un grand ­investissement à Marseille et sur le thème de la Méditerranée [...] est forcément une idée prioritaire ».


La facture a doublé en neuf ans

Cet engagement rassurera ceux qui commençaient à se désespérer du retard pris par le projet. Certes, une telle première, la décentralisation d'un musée parisien, ne pouvait se conclure sur un claquement de doigt. Mais, de restrictions budgétaires en bisbilles de coulisses, le projet a failli capoter. Le début de cette histoire mouvementée remonte à 2000, Jacques Chirac, président de la République, donnant son feu vert au principe de cette délocalisation.
Ce n'est pourtant qu'en 2002 que le gouvernement Jospin officialise le projet, sans pour autant dégager les financements nécessaires. Deux ans plus tard, l'architecte marseillais Rudy Ricciotti est désigné pour construire le musée, sur un terrain appartenant au port autonome de Marseille. Le temps aidant, la facture du projet flambe. Estimée à l'origine à une centaine de millions d'euros, elle ­titille les 146 millions d'euros au ­moment de la délivrance du projet de construire, en juillet 2008. L'immobilité semble avoir un effet inflationniste, puisque le montant est aujourd'hui ­estimé à 175 millions d'euros (60 % pour l'État, 40 % pour les collectivités). Ce n'est que la désignation de Marseille comme capitale européenne de la culture, en 2013, il y a un an, qui poussera l'État à franchir le pas.


Premiers coups de pioche en octobre

Cette valse-hésitation financière s'est doublée d'une crise interne. Car ce n'est pas l'actuel directeur du Mucem, Michel Colardelle, qui tiendrait les manettes du projet mais Bruno Suzzarelli, inspecteur général de l'administration des affaires culturelles et ancien directeur de l'administration générale du ministère, à qui une mission de préfiguration a été confiée par l'ancienne ministre, Christine Albanel. Le ministère de la Culture lui-même montre beaucoup de réticences à cette décentralisation. « Tout le monde sait que seul Paris dispose de la carrure pour héberger sur son territoire un musée national », assure-t-on ironiquement au ­Mucem, sous couvert d'anonymat.

Cet imbroglio a retardé le démarrage du chantier d'un an et demi. Récemment, Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille, très agacé par ce feuilleton culturel, se forçait à croire que le musée serait livré à temps, au début de 2013, dont le ­Mucem doit être l'un des plus vibrants symboles. Denis Chevalier, directeur ­adjoint du Musée, avançait récemment, qu'« en 2007, le Mucem avait gelé les crédits pour des raisons de restriction budgétaire, sans remettre en cause le projet sur le fond ». ­Début 2010, pour apaiser les ­inquiétudes, le programme définitif pour l'ouverture de 2013 sera officiellement ­annoncé. Fin septembre 2009, le chantier sera installé et les premiers coups de pioche retentiront en octobre. Il faudra travailler jour et nuit pour rattraper le temps perdu. Pour faire oublier cet ­accouchement douloureux, l'ouverture marseillaise du Mucem prendra des airs de fanfare : cinq expositions seront pro- grammées en même temps ! Rien ne vaut une surdose culturelle pour ­effacer les mauvais souvenirs...


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