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Pour la marche en ville

Article du numéro 386 - 15 septembre 2009

Repères

La planification urbaine fait peu de cas des piétons. Pourtant, même dans une ville bien dotée en transports en commun, l'espace urbain doit laisser de la place aux déplacements à pied.

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Les citadins contemporains se déplacent en bus, en voiture, en vélo, en train et même en marchant. C'est cela la modernité : avoir une offre de transports multiple.


La grande oubliée

Aujourd'hui, la ville n'est plus seulement lieu de production mais est revendiquée comme lieu de vie. Alors on y circule en voiture ou en bus, mais on y fait aussi ses courses, on y flâne, y travaille ou on se rend à un rendez-vous. Et la marche, dans cette ­mobilité plurielle caractéristique de nos villes, joue un rôle essentiel, même si les politiques de ­déplacement visent à la limiter au maximum. Pendant longtemps, on l'a ­oubliée comme mode de déplacement légitime. Les voitures ont été privilégiées, maintenant les transports en commun, aujour­d'hui et demain les vélos. Et chacun de ces modes est porté par des lobbies, développé par des professionnels compétents. Chacun représente un poids économique et politique. La marche et le piéton ne forment pas encore un pouvoir porté par un groupe de pression puissant.
Il est maintenant admis que le piéton séden­taire trouve son territoire dans les espaces publics courants : les parcs, squares, pla­ces, etc. Mais la marche s'exerce sur des lieux qui font liens : les rues, les trottoirs, les boulevards, les avenues, les lieux d'interconnexion... Pour cela, on a besoin d'espace.
La dimension des rues est déterminée, non extensible. Alors, intégrer l'espace nécessaire à la marche dans les lieux des villes ­revient à mettre en négociation cet usage avec les autres. Cela revient à bousculer les lobbies, les pouvoirs constitués. Il est ainsi éclairant de comparer la sophistication des compétences en matière de déplacements en voiture et l'indigence de l'intelligence mise au service de la marche.
Les nouvelles lignes de tram que l'on crée dans toutes les villes ne donnent pas une meilleure place à la marche quand les trottoirs ne font souvent pas plus de deux ­mètres cinquante sur une rue de trente ­mètres de large. L'on aura souhaité ne pas trop pénaliser la voiture et surtout favoriser un maximum d'alignements d'arbres pour répondre au lobby des arbres en ville.


Négocier la place de la marche

En somme, la marche est un usage légitime, mais elle n'a pas acquis un poids suffisant pour trouver sa place par rapport aux autres usages. Il ne s'agit bien sûr pas d'en faire un diktat, juste de la prendre en compte et de la rendre efficace et confortable au côté des ­autres usages des espaces de la ville.
Cela ne se fait et ne se fera pas sans négociation, sans conflit, sans arbitrages. Encore faut-il que les projets à l'étude dans les villes intègrent déjà la marche comme un des usages légitimes. Il faut remettre le piéton dans la course et c'est un acte politique car il fait bouger non seulement l'espace de la ville mais aussi la société urbaine et ses pratiques.
Ces propos seront illustrés d'exemples pris dans diverses villes. À Saint-Denis, la négociation entre tous les modes d'usages du centre-ville a conduit à privilégier les piétons et les bus tout en organisant finement les autres usages. À Plaine Commune, la valorisation de l'espace public est une des fondations du projet de territoire (le SCOT). On prend en compte les lieux sédentaires, ceux de la mobilité et ceux qui font lien et notamment favorisent la marche. À Copenhague, le « Copenhagen Urban Space Action Plan » donne sa cohérence à toutes les transformations de l'espace urbain de la ville et de ses quartiers. On recherche un équilibre entre les modes de mobilité favorisant cependant piétons et cyclistes.


L'auteur

Jean-Pierre Charbonneau
est urbaniste, consultant en politiques urbaines ou culturelles.
Il a, avec Léo Orellana, architecte coordonnateur du programme SIRCHAL, et avec l'appui de l'ambassade de France, assuré une mission d'expertise auprès de la municipalité d'Arequipa et de sa société de transports.


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