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Haro sur le service public !

Article du numéro 384 - 15 juillet 2009

Repères

Un service public ne se gère pas comme une entreprise privée. Pourtant, le « modèle » de l'entreprise devient de plus en plus dominant. Attention danger !

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L' humour des Anglais est tel qu'il les conduit en toute quiétude intellectuelle à qualifier de « public schools » le réseau inégalitaire des écoles privées, difficiles d'accès et onéreuses, où il est indispensable ­intellectuellement et socialement d'inscrire ses enfants. Trait d'humour linguistique, certes, mais aussi trait révélateur de la conception ­anglo-saxonne d'une société qui n'est pas ­organisée autour et par le service public.

En France, on ne qualifie pas de « publi­ques » nos écoles privées, qui sont pourtant étroitement associées au service public de l'éducation. Une semblable mutation linguistique n'affecte pas les autres services publics structurant fondamentalement notre ­société. En revanche - et c'est plus grave - la privatisation juridique ou même seulement ­organique des entreprises publiques, la ­restructuration des services publics et la RGPP affectant les administrations étatiques ont globalement, sinon pour objet, du moins pour conséquence de tendre à aligner le service public sur l'entreprise privée, qu'il s'agisse de son organisation, de sa régulation, voire de ses motivations.


Rationaliser, dégraisser, économiser !


Partout, le leitmotiv est le même : trop de structures, trop d'agents, trop d'argent ! Il faut rationaliser, dégraisser, économiser ! Comment ? En s'inspirant du « modèle » de l'entreprise privée, de vertueuse gestion par ­essence puisque ses coûts sont régulés par le souhait du marché et le souci du profit.

EDF et GDF ont dû se déstructurer pour ­séparer leurs fonctions (production, transport, distribution) et faire évoluer leurs tarifs au ­détriment des usagers pour faciliter l'accès de leurs concurrents à leurs réseaux. Dans le secteur éducatif, la diminution des effectifs, la disparition de la carte scolaire, la réforme des procédures d'aide aux zones difficiles, la « restructuration » des IUFM, la menace de disparition de l'école maternelle, l'autonomie universitaire génèrent tensions, inquiétudes et conflits. L'hôpital doit « converger » vers les cliniques privées, même si les personnes qu'il accueille ou les pathologies qu'il traite lui ­interdisent d'être financièrement rentable, voire équilibré. À la SNCF, à la RATP, la fermeture des guichets, la diminution des agents, l'automatisation des billetteries évacuent les préoccupations d'accueil et d'information du public, comme la possibilité de surveiller et de sécuriser ces lieux. Aux guichets de la Poste, les queues s'allongent. Il en est de même dans les CPAM qui n'ont pas fermé pour cause de « redéploiement territorial ».

Quant aux administrations d'État auxquelles les citoyens doivent s'adresser - impôts, justice, emploi, aide sociale, police... - regroupées ou fusionnées - services fiscaux, ANPE - ­répondre aux demandes est de plus en plus long, difficile et insatisfaisant. Les trop nombreux renvois à des sites internet laissent l'interlocuteur avec des réponses mal adaptées.


Erreur, illusion, danger

Ces exemples illustrent une orientation de conception erronée, de motivation illusoire et de réalisation dangereuse. L'erreur ? Oublier que c'est la nature même d'une activité qui a conduit à la confier à un service public en raison des impossibilités ou des inconvénients d'une gestion privée. L'illusion ? Croire pouvoir maintenir l'efficacité et la qualité d'un service public de proximité contraint d'adopter des normes d'organisation et de fonctionnement adapté aux finalités d'une entreprise privée. Le danger ? Estimer que toucher à l'armature sociale, politique et psychologique que constituent les services publics en France est sans danger pour la cohésion du pays.


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