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Contre l'intégrisme durabiliste

Article du numéro 384 - 15 juillet 2009

Idées

Le développement durable est omniprésent, dans les discussions, dans les décisions, et bientôt dans les règlements. Pour Sylvie Brunel, il faut se méfier de l'intégrisme en la matière.

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Extraits

« Aujourd'hui, Nif-Nif et Nouf-Nouf triomphent : c'est en bois, et même en paille qu'il faut construire. Certainement pas en béton. »« Les riches n'aiment guère que les pauvres prétendent les imiter. Ces pauvres de plus en plus nombreux qui prétendent devenir riches ne sont-ils pas en train de surcharger la barque ? » « La nouvelle écologie est une écologie façonnée par des urbains qui n'ont jamais eu à affronter les rigueurs de la nature. »


Dans la famille nombreuse des ­ouvra­ges qui sont consacrés au développement durable, celui de Sylvie ­Brunel tranche. On y trouve une argumentation très incisive qui vient compléter son « Que sais-je ? », de facture plus académique, réédité en 2007. Déjà elle s'interrogeait, avec le ton plus policé qui sied à la collection, sur les fonctions de cet étendard rhétorique, idéologique et politique.


Une nouvelle orthodoxie

Avec Sylvie Brunel, qui fait montre de capacités de synthèse et d'ironie mordante, le ­développement durable en prend pour son grade. Les prises de position et tout le business « écologiquement incorrects » sont à l'honneur. L'auteur charge les « Khmers verts » qui, à l'homme, préfèrent souvent avec des majuscules de préséance une Planète et une Nature glorifiées et mythifiées. La rétrogradation de l'homme au rang d'une espèce parmi les autres, incarnée par la mise en avant des « droits des animaux », avant une éventuelle déclaration universelle des droits de la plante verte, préoccupe très à raison Sylvie Brunel.

Il y aurait, avec le développement durable une « nouvelle doctrine », un « nouveau système de pensée », mais surtout, un « nouvel apartheid » et un « slogan publicitaire » nous conviant finalement à un « vaste retour en arrière ». Pour la géographe et spécialiste du Sud, Brunel, à qui on peut accorder le crédit de vraiment connaître son sujet, le ­développement durable est, en réalité, une « nouvelle religion ». Mettant au banc des ­accusés deux siècles de société industrielle et de progrès, il dispose de ses prophètes (impliqués dans de puissantes ONG internationales), de ses temples (l'ONU en est ­devenu un), de ses prédicateurs (comme Al Gore), de ses convertis (comme le maire de New York).


Un conservatisme ambigu

Passé du stade de l'indifférence à celui de la bienveillance après celui du scepticisme, il ne faudrait pas que le développement durable sombre dans l'effervescence ni dans la surveillance totalitaire. Les surenchères et le matraquage vont trop loin en ce qui concerne la réalité des évolutions présentées à grand renfort d'images et de chiffres chocs (sur le climat, le niveau des mers, la biodiversité). De surcroît, les injonctions permanentes à suivre et surveiller nos impacts et empreintes écologiques se sont installées, au point de devenir liberticides.

Sylvie Brunel ne fait pas uniquement dans le pamphlet contre ces penseurs et prêtres de l'apocalypse qui nous font peur. Elle nous invite à nous méfier du catéchisme conservateur (car le développement durable est, avant tout, souci de conservation). L'analyse porte, au fond, sur l'ambiguïté du ­développement durable. Ce que critique Sylvie Brunel, c'est un programme fort qui ­relève de la deep ecology avec son anti-­humanisme malthusien. Ce pourquoi elle plaide, c'est un programme faible, fait, d'une part, d'équilibre et de juste mesure dans nos responsabilités quotidiennes, et, d'autre part, d'une refonte des modalités de la coopération internationale.

Ce petit livre - à la couverture verte - contient une très utile mise au point, aux ­accents humanistes et réalistes, qui ne manquera pas de faire sursauter.


À qui profite le développement durable ?
Sylvie Brunel, Paris, Larousse, coll. « À dire vrai », 2008, 157 pages.


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