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Chronique d'un échec programmé

Article du numéro 382 - 15 juin 2009

Repères

On aurait voulu le record d'abstention des élections européennes qu'on ne s'y serait pas pris autrement. En cause : un mode de scrutin abracadabrantesque et une campagne d'une grande pauvreté.

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Un sans-faute : 60 % d'abstention aux élections européennes et, pire ­encore, plus de 80 % parmi les jeunes !Il aurait été explicitement souhaité aboutir au résultat catastrophique enregistré le 7 juin dernier qu'il n'aurait pas été réellement possible de mieux organiser le déroulement de ces élections dans cette perspective.


Des circonscriptions sans fondements

À croire que chaque élément de la procédure a été conçu et concrétisé afin de servir au mieux cet objectif : faire en sorte que ces élections européennes soient le moins possible des élections et soient le moins possible européennes. Faisons-en la monnaie :


- Dans des circonscriptions électorales créées ex nihilo sur des espaces sans réalité géographique ni identité culturelle.


- Un mode de scrutin fondé sur la proportionnelle - choix acceptable voire souhaitable - qui n'est ancré ni dans l'un, ni dans l'autre des deux découpages spatiaux logiques - l'État ou l'Europe - mais qui se trouve démembré entre ces zones géographiques sans fondement ni signification.


- Des listes de candidats nationales, reflétant les divisions partisanes ou idéologiques ­internes, sans relations claires - qu'il s'agisse des programmes des hommes ou des structures - avec les répartitions partisanes au sein du Parlement européen.


- Des candidats qui, pour nombre d'entre eux, soit le sont à reculons, soit sont des ­recalés de la vie politique nationale.


- Des affrontements plus idéologiques que programmatiques, d'une part, et, d'autre part, essentiellement obsédés et obérés par une rhétorique simpliste et inadéquate d'approbation ou de désapprobation du pouvoir politique en place.


- Une dichotomie presque totale entre la ­reconnaissance de l'importance croissante du parlement européen (80 % des textes normatifs en sont issus), et le discours éculé, pervers et faux, suivant lequel l'Europe est pilotée et ­dirigée par les « technocrates » de Bruxelles.


Pauvre campagne

- Une campagne d'une pauvreté informative confondante, incapable de récapituler et d'analyser tout ce que chaque nation membre de l'Union européenne lui doit.


- Une critique sévère des insuffisances institutionnelles, politiques, économiques ou ­sociales qui marquent le fonctionnement et les orientations de l'UE en partant du postulat qu'elles lui sont consubstantielles, en ­oubliant ainsi la litanie des critiques du même ordre formulées à l'encontre de toute structure politique, nationale ou internationale, toujours en mutation et souvent en progrès.


- Un discours démagogique prétendant que le traité de Lisbonne bafoue la volonté ­populaire ayant rejeté en 2005 le projet de traité constitutionnel alors qu'il ne comporte que son volet institutionnel, qui n'appelait pas de critique à l'époque.


Face à l'Europe, le système politique national a finalement le même comportement que face à la décentralisation et la régionalisation. Braqué, arc-bouté sur son passé, inquiet pour son avenir, il allume des contre-feux : procédures aberrantes, fausses allégations, demi-vérités, omissions d'importance. Et, pour paraphraser Jacques Brel, « on voudrait que (le citoyen) soit heureux » d'être européen !


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