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Bruit : ne pas faire la sourde oreille

Article du numéro 376 - 15 mars 2009

Boîte à outils

Le bruit reste aujourd'hui une des premières nuisances ressenties par les habitants des zones urbaines parfois soumis à un véritable cocktail sonore (transports, chantiers, voisinage, équipements municipaux...) nuisible à la qualité de vie et à la santé. Depuis la loi anti-bruit de 1992 renforcée par la directive européenne de 2002, les collectivités doivent mieux entendre cette problématique.

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« Les collectivités ont longtemps fait la sourde oreille à cette problématique malgré les points noirs pour lesquels elles avaient été pointées du doigt. C'est seulement depuis quelques années que les communes commencent véritablement à entendre les ­doléances de leurs concitoyens confrontés à des pollutions sonores de toute nature », estime Philippe Michal, directeur ­général adjoint des services techniques d'Aix-les-Bains, ville membre du ­Comité national contre le bruit.

Ce sont notamment les nuisances ­sono­­res liées aux transports qui sont le plus fortement ressenties (transport routier, ferroviaire et ­aérien représentent, près de 80 % du bruit émis dans l'environnement). Ainsi la ville de Paris, dans le cadre de son plan de lutte ­antibruit (une quarantaine de ­mesures réparties en treize thèmes), développe de nouvelles mesures visant à réduire la pression automobile et ainsi limiter la gêne sonore induite : réseau de bus Mobilien, aménagement des quartiers verts ou encore projet de « zone 30 » sur les premiers arrondissements. ­Au-delà de ces mesures préventives, il est parfois nécessaire de prendre des décisions curatives limitant la gêne auditive : renouvellement des revêtements de chaussée par des produits moins bruyants, couverture partielle du boulevard périphérique, subventions des travaux de réalisations acoustiques des logements...


Les deux roues, premier motif de plainte

Pour protéger les riverains des bruits engendrés par le transport ferroviaire, Aix-les-Bains a déjà réalisé une première tranche de 1 280 mètres linéai­res d'écrans acoustiques (4 003 k.euros) et d'isolement des façades de 80 logements (400 k.euros) permettant une diminution du bruit de 10 dBA. Une deuxième tranche de 1995 ml d'écrans acoustiques (634 k.euros) et l'isolation des façades de 89 logements (364 k.euros) est en projet. « Les nuisances ­sonores générées par les deux roues à moteur sont le premier motif de plainte des élus et des citoyens, complète Philippe Michal. C'est pourquoi Aix-les-Bains, parmi ses actions de lutte contre le bruit, a mis en place une politique originale d'incitation à l'acquisition des deux roues électriques avec une subvention de 400 euros pour un cyclomoteur électrique et de 250 euros pour un VAE (vélo à ­assistance électrique). En 2008, 37 ­demandes de subventions pour VAE et 7 pour des scooters électriques ont été ­déposés. 18 dossiers de demandes sont en attente ».


Pour compléter cette mesure, Aix-les-Bains a mis en place la gratuité du stationnement pour les deux roues électriques et un système de recharge des batteries dans les parkings municipaux gardiennés. « Les sources des nuisances sonores sont tellement multiples et hétérogènes qu'il n'est pas toujours simple pour les collectivités de proposer les parades et les solutions qui s'imposent », reconnaît Philippe Michal. C'est pourquoi, la région Ile-de-France s'est engagée fin janvier 2009 à financer une étude « bruit et santé » de grande ampleur : 80 médecins « enquêteurs » 5 000 Franciliens interrogés, pour un budget prévisionnel de 275 000. Toutes les sources de bruit - transports, industries, activités, voisinage - seront prises en compte afin de caractériser le plus finement possible les effets sanitaires du bruit. Une auscultation auditive dont l'importance est comparable à celle de l'étude Erpurs, qui avait permis de justifier et programmer les plans régionaux en faveur de la qualité de l'air.


La Région Ile-de-France écoute ses lycées

La région Ile-de-France a lancé en janvier dernier « Écoute ton lycée », une campagne de sensibilisation à la qualité sonore et aux risques auditifs liés à la pratique ou à l'écoute des musiques amplifiées dans vingt établissements. La partie évaluation repose sur une enquête de perception et un diagnostic acoustique mené auprès de l'ensemble des élèves de seconde de chaque établissement pour apprécier le vécu sonore des lycéens, ainsi que du personnel enseignant, technique et administratif, à l'intérieur des établissements. Le volet sensibilisation comporte notamment une conférence présentée dans une classe de seconde par trois experts du domaine : un acousticien de Bruitparif présente les bases physiques du son, un audioprothésiste du CPDA intervient sur le sujet des risques auditifs et un psychologue (CIDB) trace les grandes lignes de la problématique des effets extra-auditifs du bruit.


Renseignements : région Ile-de-France, 01 53 85 66 45 - www.ecoutetonlycee.com


En chiffres

- Parmi les 58 000 infractions au droit de l'environnement constatées en 2007 par l'Observatoire national de la délinquance, 12 000 environ concernent les nuisances sonores ou visuelles.


- 300 000, c'est le nombre de logements riverains de voies de transports terrestres exposés à un niveau de bruit préoccupant.


- Le seuil de danger acoustique est fixé à 90 décibels (dBA). Au-delà de 105 dBA, des pertes irréparables de l'audition peuvent se produire. Le seuil de douleur acoustique est fixé à 120 dBA. Au-delà de 120 dBA, le bruit devient intolérable provoquant d'extrêmes douleurs et des pertes d'audition.


- 12 % de la population française (soit 7 millions de personnes) subissent des niveaux de bruits diurnes extérieurs excédant le seuil de 65 dBA.


- En France, on estime à 500 000 le nombre de riverains d'aéroports et d'aérodromes gênés par des nuisances sonores importantes, dont 300 000 pour la seule région Ile-de-France.


La CA d'Aix-en-Provence cartographie ses bruits

Céline Sales, responsable du service écologie urbaine - direction de l'environnement - communauté d'agglomération du Pays d'Aix - Tél. : 04 42 91 49 44, csales@agglo-paysdaix.fr


En 2008, la communauté du Pays d'Aix a dressé une cartographie des nuisances sonores de toute nature (routier, ferré, aérien, industriel...). « La CPA n'a pas attendu les décrets d'application de la directive européenne pour se saisir du problème du bruit, souligne Céline Sales, responsable du service écologie urbaine. Nous avions déjà réalisé préalablement une cinquantaine d'études acoustiques sur les points les plus sensibles ». Les données collectées accessibles à la population sur le site internet de la CA, ont permis d'établir un diagnostic précis par commune et par type de nuisances débouchant sur l'élaboration, en 2009 d'un plan de prévention du bruit dans l'environnement (PPBE) en concertation avec les différents acteurs (communes et gestionnaires d'infrastructures bruyantes). Cette auscultation auditive des communes du Pays Aixois sera reconduite en 2013 puis tous les cinq ans. « Nous avons également souhaité la mise en place d'un observatoire permanent du bruit pour rester à l'écoute de données toujours actualisées », complète Cécile Sales.


Aix-les-Bains : intégration acoustique réussie

Philippe Michal, DGA des services techniques, Tél. : 04 79 35 07 95, P.Michal@aixlesbains.fr


Implanter une surface commerciale de 2 500 mètres carrés au c½ur d'un habitat de 74 logements sans nuisances sonores pour les résidants, c'est le pari gagné de la ville d'Aix-les-Bains en partenariat avec le promoteur du projet et l'enseigne commerciale. Démarche exemplaire récompensée en 2006 par un Décibel d'Or. « L'intégration des parades acoustiques a engendré un surcoût de 10 % néanmoins compensé par les résultats probants des tests d'impacts acoustiques, explique Philippe Michal, DGA des services techniques. Ceux réalisés à l'intérieur des logements situés immédiatement au-dessus indiquent que pendant 99 % du temps de fonctionnement du supermarché, le niveau observé est resté inférieur à 45 dBA ».


Doc-Doc

Pour aller plus loin


« La lutte contre le bruit : enjeux et solutions », un ouvrage de Territorial Éditions. Sommaire et commande