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Le magazine des professionnels de la gestion territoriale.
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Article du numéro 372 - 14 janvier 2009
Trier et recycler : ces verbes du quotidien ont désormais un petit frère, valoriser. Les collectivités sont de plus en plus nombreuses à réfléchir au bon usage des déchets. Un geste pourrait réunir aujourd'hui les valeurs environnementales, sociales et économiques du développement durable : la ressourcerie.
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Les ateliers de la Bergerette, dans l'Oise, peuvent être fiers du chemin accompli. Leur credo : donner une autre vie aux objets du quotidien habituellement destinés au rebut. Cette association pionnière récolte depuis vingt ans entre cinq et six cents tonnes de déchets par an, qu'elle revalorise à près des deux tiers. Elle emploie seize personnes et s'autofinance à 70 % par ses ventes en magasin et revente de matières. Ademe, département, région, fonds social européen financent sa démarche.
Une ressourcerie ou recyclerie gère un centre de récupération, de valorisation, de revente, et d'éducation à l'environnement. Souvent organisée sous forme associative, parfois en régie directe, elle est combinée à d'autres systèmes de traitement, comme les déchetteries. Les collectivités et les EPCI sont donc ses partenaires privilégiés. La ressourcerie met en place des modes de collecte (stockage, porte-à-porte) qui préservent l'état des déchets, qui seront prioritairement réemployés, puis recyclés. Elle a également pour mission de sensibiliser des habitants à la réduction des déchets.
- La collecte peut se faire : en apport volontaire, débarras et enlèvement social, sur tri en déchetterie, collecte à domicile sur rendez-vous.
- Les modes de valorisation :
- le réemploi : l'objet est utilisé par un autre usager après réparation ;
- la réutilisation : l'objet est détourné de son usage premier (art, relookage...) ;
- la valorisation de la matière : les objets trop abîmés sont démantelés et partent dans les filières de recyclages adaptées (métaux, plastiques...). Le cas échéant, ce démantèlement vient compléter le stock de pièces détachées pour le réemploi.
- Quelques actions de sensibilisation : la Semaine de réduction des déchets, les campagnes « Achats futés, moins de déchets », en collaboration avec des magasins, les actions éducatives dans les écoles, la formation au développement durable pour responsables associatifs et enseignants.
Les collectivités regardent de près l'original potentiel des ressourceries, à l'instar de la CA du Pays Voironnais qui y trouve intérêt pour ses 34 communes. Pour son directeur de la collecte, Jean-Marc Bouzon, « la CA s'est engagée depuis les années quatre-vingt-dix dans une démarche de réduction des déchets. Nous récupérons 27 000 tonnes par an en déchetterie, nous espérons soustraire 300 m3 de matériel réutilisable, tout en s'appuyant sur le savoir-faire des entreprises d'insertion. »
Les avantages sont multiples. Moins de déchets, même si cela ne porte pas pour l'instant sur des tonnages significatifs, un élan et un outil pédagogique d'une grande efficacité, et une très bonne image de la collectivité partenaire. Certaines collectivités songent même à complètement rationaliser la collecte, en construisant des déchetteries-ressourceries qui intègrent toutes les fonctions sur un site : revalorisation, vente, sensibilisation sur place, voire mise en route de formations publiques pour de petites réparations.
Dernier bénéfice et non des moindres, le volet social. Issue du développement social et solidaire, la ressourcerie permet l'accès à l'emploi pérenne de personnes peu ou pas qualifiées : elle crée de nouveaux emplois en insertion de « valoristes » ou « techniciens du réemploi » selon les terminologies, métiers d'avenir qu'une communauté de communes a tout intérêt à développer. La ressourcerie privilégie également le service à la population, recrée des liens sociaux et permet, grâce à ses points de revente (matériel électroménager, vaisselle, vêtements, objets décoratifs...) aux moins fortunés de s'équiper. Le décret du 20 juillet 2005 relatif aux déchets d'équipements électriques et électroniques, les D3E, stipulait que la réutilisation de ces déchets était préférable aux autres modes de valorisation. Il trouve dans la ressourcerie une application environnementale, sociale et économique d'utilité générale
Julien Fortin,
chargé de communication et sensibilisation, réseau des ressourceries
julien.fortin@ressourcerie.fr
« Nous comptons 53 adhérents. En 2008, nous avons redéfini les grandes lignes sur lesquelles doit porter le développement des ressourceries. Nous allons lancer une grande campagne de communication en 2009 et surtout avons ouvert notre réseau aux collectivités, avec lesquelles nous avons toujours travaillé. Ce développement permettra de mieux promouvoir cette activité au c½ur du développement durable. »
Arnaud Baron, responsable de la ressourcerie de Crèvec½ur-le-Grand
« La communauté de communes a choisi la régie pour sa ressourcerie. Nous avons obtenu des financements de l'Ademe, du département et de la région. J'ai été embauché comme emploi-jeune, pour réaliser les études de faisabilité et un état des lieux des vingt communes rurales. Avec la régie, les emplois créés sont pérennes. Et c'est un service de proximité qui donne une bonne image de la collectivité. Notre petit plus : nous nous déplaçons sur rendez-vous dans les communes pour collecter. C'est un métier passionnant car polyvalent, avec un volet sensibilisation des habitants et de nombreux contacts et échanges avec d'autres collectivités et le réseau des ressourceries. »
Laurent Pinet, directeur de Grenoble Solidarité
Qu'est-ce qu'une ressourcerie apporte de plus à votre activité ?
L'activité récupération de Grenoble est déjà une ressourcerie à 80 %, car nous collectons, valorisons en partie les objets et les revendons ou les donnons. Il nous manquait deux dimensions : la collecte préservante à la source, c'est-à-dire la présence en déchetterie et l'enlèvement avant mise en benne, avec autorisation du déposant, et la pédagogie environnementale auprès du public.
Et pour une collectivité ?
Les collectivités qui s'engagent dans cette démarche le font surtout pour des objectifs politiques de sensibilisation à une autre démarche de gestion des déchets. Le citoyen doit voir le déchet autrement : ce qu'il jette fait le bonheur des autres. C'est aussi une redécouverte de métiers oubliés. Nous allons voir réapparaître des gens qui retapent, réparent, donc avec création d'emplois à la clé... Enfin, si le concept prend, c'est autant d'enfouissement ou d'incinération évité.
De quels financements avez-vous bénéficié ?
L'État soutient la prise en charge des postes en insertion : ils nous coûtent très peu en salaires. La CA a financé les études préalables et aide sur certains investissements comme la création de conteneurs de stockage en déchetterie. La région apporte pendant deux ans une aide de fonctionnement au démarrage. Elle interviendra aussi avec l'Ademe sur des investissements à venir.
Où s'adresser en priorité ?
Le site des réseaux Ressourcerie : www.ressourcerie.fr
Les ateliers de la Bergerette pour l'exemple : www.ateliers-bergerette.org/
Pour aller plus loin
« La gestion globale des déchets ménagers », un ouvrage de la collection Classeurs des éditions Territorial. Sommaire et commande

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