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Nouveaux élus, nouvelles méthodes !

Article du numéro 360 - 01 juin 2008

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Des jeunes, des femmes, des modernes... les dernières élections ont apporté leur lot de renouvellement des équipes municipales. Ces nouveaux venus bousculent les habitudes : les territoriaux doivent suivre et changer eux aussi leurs méthodes. Enfin du nouveau sous le soleil territorial ?

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Au terme d'un long mandat de sept ans qui a accéléré le phénomène, les élections municipales - même en cas de ­réélection de la majorité sortante - se sont traduites le plus souvent par un fort renouvellement des élus - jusqu'à 80 % - avec des profils et des attentes qui changent le mode relationnel et les méthodes de travail.


L'arrivée de nouveaux élus bouscule les services. Ils doivent s'adapter et changer leurs méthodes. Mails, portables...L'usage aisé qu'ils font des NTIC font de ces élus des e-élus. Là encore, il faudra suivre. Enfin, une montée en puissance de la transversalité est à attendre car ces élus ne se satisfont pas du cloisonnement.


Des élus plus jeunes

Issus du rajeunissement de la classe politique et représentatifs des nouveaux modes de ­désignation qui ont emporté les « anciens », les nouveaux élus, dont la moyenne d'âge s'est abaissée brusquement, parfois d'une quinzaine d'années, arrivent dans la fonction sans expérience de la gestion mais sans complexe et avec la ferme ­volonté d'aller de l'avant, d'aller vite, sans a priori et sans état d'âme. L'action concrète les motive, une action non dictée, non écrite, qu'il leur appartient de définir et de conduire. Cette « fraîcheur », ce regard neuf et cet enthousiasme donnent un sérieux « coup de jeune » aux ­relations et aux processus ­internes de fonctionnement mais peuvent risquer de déstabiliser la cohérence des positions et de l'action.


Davantage de femmes

La parité élargie aux exécutifs a permis l'accession aux postes d'adjoints des premières conseillères municipales déléguées de la précédente mandature. Formées à la dure école d'appareils politiques encore fortement masculins, elles entendent jouer pleinement leur rôle et plus seulement dans des ­délégations traditionnellement ­féminines (enfance, éducation...) mais aussi dans les domaines du développement durable, du personnel ou de la voirie. Elles impriment un nouveau style, un nouveau rapport au temps, plus direct, plus cadré, plus concret, qui conduit à revisiter les méthodes de travail et à anticiper et mieux structurer le processus de décision pour l'articuler avec ces nouvelles énergies douces et actives.


Place aux nouvelles technologies

Des nouveaux jeunes élus sont des praticiens naturels du monde de l'internet. Leur stylo est le clavier de leur ordinateur personnel. Ils donnent leur adresse électronique comme les anciens élus le numéro de leur téléphone fixe. En sept ans, la révolution informatique est passée par là ! Ils sont impatients d'avoir leur ordinateur, leur adresse e-mail « mairie » et un « blackberry » pour être des élus délégués mobiles, des élus signataires 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, sans contrainte d'espace et de temps. L'e-élu embraye sur l'e-administration et donne un coup d'accélérateur à la dématérialisation du courrier, des parapheurs et du processus de validation des ­documents prédécisionnels.


Des élus « autonomes »

Issus d'un contexte de crise des idéologies et d'affirmation de l'individu maître de son libre arbitre, les nouveaux élus sont formés, ­diplômés, confiants, aguerris et ­positivement ambitieux. Ils estiment que c'est avant tout à eux-mêmes qu'ils doivent leur parcours, leur réussite et la discipline de groupe et de vote ne va pas forcément de soi. La délégation qui leur est confiée en fait des élus ­emprunts d'autonomie au bon sens du terme, qui savent où ils veulent aller et qui comptent sur les services pour leur dire comment. Ils obligent le maire et la direction générale à soigner la pédagogie politique et administrative sur le possible et à veiller à cadrer la cohérence globale du projet municipal dans le respect des règles budgétaires et juridiques.

Michel Namura
vice-président national du SNDGCT
ancien délégué général du Forum
pour la gestion des villes
mnamura@mairie-saint-ouen.fr


Des élus plus jeunes et plus indépendants

Nous avions déjà assisté à un fort renouvellement en 2001 : la ­parité obligatoire avait permis l'arrivée de nombreuses femmes dans les conseils municipaux. Elles sont plus présentes, plus attachées aux dossiers et bousculent parfois les hommes dans leur confort et leurs habitudes.

Aujourd'hui, les élus sont plus jeunes et plus indépendants : ils ont parfois le sentiment de ne ­devoir leur élection qu'à eux-mêmes. Nous devons parfois leur faire comprendre que cette élection est plus le fait du choix du maire qu'un droit divin.

Le grand travail d'un dircab avec ces nouveaux élus, souvent jeunes et pas rompus à la machine municipale, c'est de leur faire comprendre la différence entre leur rôle d'élu et celui d'un chef de service, tant ils ont parfois tendance à vouloir être les patrons des services. Ensuite, il nous faut parvenir à faire une équipe politique de dizaines d'élus issus de partis politiques différents. Il faut rassembler, faire passer des messages politiques, et faire comprendre que, s'il y a quarante élus, il n'y a pas quarante lignes.


Hervé Alloy
directeur de cabinet,
mairie de Dunkerque
halloy@ville-dunkerque.fr


Sensibles aux jeux d'acteurs, ils poussent au décloisonnement

Trois faits semblent caractériser les nouveaux élus et affectent le fonctionnement des services :


- Leur conscience de l'importance de la transversalité

Les nouveaux élus perçoivent la transversalité comme l'une des solutions à la complexité des questions qu'ils ont à traiter. Dotés souvent d'expériences professionnelles fortes et structurantes, ils sont sensibles aux jeux d'acteurs, et ­incitent les services à dépasser les cloisonnements administratifs et à bouleverser leurs pratiques pour garantir une meilleure transversalité. Ils veillent également, au sein de leur groupe ­politique, à renforcer la transversalité, en associant leurs collègues très en amont des décisions.

- Leur intérêt nouveau pour les questions de gestion et de management


Les contraintes budgétaires, qui pesaient jusqu'à récemment essentiellement sur les communes, s'imposent désormais aux départements et aux régions. Elles sont de mieux en mieux connues et intégrées par les nouveaux élus. L'efficience du service public s'impose ainsi à présent comme une orientation forte et partagée par eux. Les questions de gestion (budgétaires, RH, ou managériales) et d'évaluation, autrefois délaissées par les élus, ont ainsi aujourd'hui toute leur place dans les échanges entre élus et administration. Elles vont de pair avec une formalisation accrue des objectifs, laquelle facilite l'évaluation et la mise en lisibilité des politiques publiques.

- Les nouveaux circuits de décisions


L'usage accru des TIC par les nouveaux élus ­modifie les processus décisionnels, en multipliant les lieux, moments, et objets de décision et en réduisant leur formalisme. Les parapheurs tendent ainsi à céder la place aux courriels, ­reçus et traités souvent hors du bureau (sur blackberry), pendant des temps partagés entre travail, transports et loisirs. Ce n'est pas sans conséquence, au regard des règles administratives, puisque le changement de support des décisions dites « administratives » suppose une mise à ­niveau des pratiques d'archivage et de gestion des documents électroniques par les services. Le rôle et les pratiques des services (notamment juridiques) et des agents (en particulier) des ­assistant(e) s sera appelé à évoluer au regard ­notamment des exigences de transparence et de communicabilité des décisions administratives.

Judith Ascher
directrice adjointe de l'éducation et des collèges
conseil général du Val-de-Marne
judith.ascher@cg94.fr


Ils ne sont pas un danger, mais une opportunité

Par nature, chaque nouvel d'élu apporte son envie de changement. Cette génération, « post-soixante-huitarde », familière des nouvelles techniques de managements et des nouvelles technologies, se ­démarque peut-être plus fortement. En maîtrisant plus naturellement non seulement les NTIC mais aussi les outils de gestion et les progiciels, ils vont regagner du contrôle vis-à-vis de l'administration et il faudra veiller à maintenir l'équilibre technicité/politique. Mais quoiqu'il en soit, pour les territoriaux, travailler avec de nouveaux élus a toujours été une exigence permanente : c'est ce qui fait la spécificité et l'intérêt de notre métier.  Cette nouvelle génération n'est pas un danger, mais au contraire une opportunité pour les ­cadres : par leur rapport différent au pouvoir et au travail, ils sont plus sensibles à la nécessité de travailler de manière souple et transversale. Les nouveaux élus sont représentatifs des changements en cours dans notre ­société et les collectivités se doivent d'accompagner ce mouvement. Je pense qu'il y a une aspiration commune entre les nouvelles générations d'élus et de cadres territoriaux pour faire évoluer les fonctionnements trop rigides et pyramidaux des organisations traditionnelles.

Ludovic Grousset
directeur général adjoint, Palaiseau (91)
ludovic.grousset@mairie-palaiseau.fr


Nouveaux élus, car nouveaux militants

Dans les villes de plus de 10 000 habitants où les joutes électorales deviennent plus partisanes, les nouveaux élus d'aujourd'hui étaient, pour nombre d'entre eux, hier encore des ­militants. Or, c'est sans doute parce que l'engagement militant a changé que les nouveaux élus adoptent un comportement différent. ­Auparavant, les personnes adhéraient à des organisations dont elles se sentaient proches par le milieu social ou professionnel. Ce ­modèle était marqué par une forte délégation. La logique du nombre apportait à chacun force et légitimité. On assiste désormais à un affaiblissement du « nous » représentatif du groupe. Les militants interviennent plus en tant qu'individus au sein des structures partisanes. La recherche de sens, la réalisation de soi et l'autonomie priment davantage. L'engagement est plus pragmatique et moins idéologique. Cette tendance a de nombreuses causes. La première d'entre elles tient à l'élévation ­générale du niveau d'éducation et d'expertise, voire d'exigence. De plus en plus d'élus, au travers de leurs métiers et pôles d'intérêt, développent un domaine particulier (santé, urbanisme, éducation, action culturelle), une compétence et une réflexion personnelles. La seconde, c'est l'exigence d'autonomie : ils sont nombreux à souhaiter s'exprimer, prendre des initiatives tout en restant maîtres de leur projet. On constate donc une moindre emprise des collectifs sur les individus. L'émancipation individuelle oblige à réexaminer les rapports entre les « Je » et les « Nous » d'appartenance. Dans un monde où les identités collectives sont moins affirmées, où les statuts perdent de leur force, l'engagement se définit moins par l'affiliation que par l'action. Cette nouvelle donne ne va pas être sans ­requérir de la part des collaborateurs de cabinet un art consommé de la gestion de la majorité et des divers groupes qui la composent. Bon courage !

Olivier Grégoire
directeur général du groupe Territorial


Les territoriaux sont les garants opérationnels que la politique est possible


Le fait nouveau, c'est que les intitulés de délégations obligent les élus à travailler davantage en transversalité. Je suis élu à la culture, mais aussi à la culture scientifique, donc je dois aussi travailler avec les élus chargés des universités et de la réussite éducative. D'emblée, cela contribue à décloisonner l'administration et le fonctionnement des directions. C'est un point essentiel.

Par ailleurs, les jeunes élus qui font, comme moi, partie d'une majorité sortante, ressentent probablement un décalage beaucoup plus fort par rapport aux élus sortants, qui ont une vraie maîtrise de l'administration municipale et de leur fonction d'élus. Cette maîtrise, il nous faut l'apprendre pour mettre en œuvre notre soif d'action. Il nous faut mettre les bouchés doubles pour nous légitimer et pour apprendre. Mais force est de constater que personne ne « s'arrête » vraiment pour nous aider à apprendre. Mon expérience antérieure* m'a permis d'être déjà confronté à des administrations importantes : mon engagement passé a été un atout. Mais la tâche serait infiniment plus difficile pour un jeune ouvrier ou employé qui aurait là sa première expérience.

En tant qu'élu, j'attends de l'administration qu'elle apporte des ­réponses aux problèmes, qu'elle soit toujours en capa­cité de répondre opérationnellement à telle ou telle action que nous voulons ­engager, ou qu'elle apporte des solutions alternatives. Les territoriaux sont les garants opérationnels que la politique est possible, que l'on peut agir.

Michael Delafosse,
31 ans, maire adjoint chargé de l'action culturelle et de la culture scientifique et technique


* Michael Delafosse est ancien président de la Mutuelle des étudiants.


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