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Toujours plus ou toujours mieux ?

Article du numéro 358 - 01 mai 2008

Cahier RH - Tribune

En décrivant la forte hausse des dépenses des collectivités territoriales, Jacques Marseille a provoqué des réactions indignées. Au-delà des réflexes corporatistes relativement prévisibles, le débat est resté jusqu'ici quelque peu édulcoré.

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La forte hausse des effectifs est indéniable. Mais qui peut sincèrement prétendre que ces recrutements se justifient tous par l'évolution des besoins ou par les transferts liés aux lois de décentralisation ? La Cour des Comptes a démontré que le développement intercommunal avait eu tendance à doublonner les ressources plutôt qu'à les mutualiser. Quant aux dispositifs contractuels, qui concernent quasiment toutes les politiques territoriales, ils induisent une dérive perverse : quel que soit son niveau ou champ de compétence, chaque collectivité veut être présente partout, ce qui conduit à de nouveaux recrutements en conséquence. Dans ce même contexte, les ­comités de pilotage se multiplient, mais sont souvent pléthoriques et peu efficaces, car obligés de consacrer une part croissante de leur temps à s'autoréguler.


Loi de Parkinson

Phénomène moins manifeste mais récurrent et qui illustre  la fameuse loi de Parkinson 2 : la tendance des responsables hiérarchiques à multiplier les ­niveaux inférieurs pour tenter ainsi de se propulser vers le haut de la hiérarchie : « plus j'ai de subordonnés, plus j'ai du poids ou du prestige !... ». N'est-ce pas Staline qui ironisait sur l'importance du Vatican :


« Le Vatican, combien de divisions ? ». Pour ma part, fréquentant depuis vingt ans les collectivités, je n'ai jamais ­entendu un seul responsable hiérarchique déclarer : « je pourrais faire aussi bien avec moins d'agents ». Mais au fond, peu importent les motifs, si tout cela conduit à améliorer la qualité des services rendus. Pour s'en convaincre, encore faudrait-il que les pratiques d'évaluation des services ­publics existent, ce qui est loin d'être le cas. La logique du « toujours plus » est tellement ancrée dans la culture des ­acteurs, chez les élus comme chez les fonctionnaires, que la question de l'efficience des services publics est devenue ­taboue, voire scandaleuse.


Dérive autarcique

« Plus d'effectifs » se traduit ­logiquement par « plus d'organisation ». Le risque est alors celui d'une croissance de structures technico-administratives de plus en plus lourdes et ­rigides, qui s'absorberont dans leurs problèmes de fonctionnement interne au détriment de leur vocation première. L'évolution récente de plusieurs administrations régiona­les, notamment suite aux transferts des TOS, est sur ce point éclairante.
Parkinson avait poin­té le risque inhérent à la croissance des organisations administratives : un ris­que de dérive autarcique où l'administration tend à se suffire à elle-même. Il considérait ainsi que, passé un certain seuil quantitatif, une administration tendait à produire... de l'adminis­tra­tion !


Enfin, en alourdissant leur organisation et en se bureaucratisant, les collectivités ne risquent-elles pas de perdre ce qui constituait ­potentiellement leur avantage comparatif au regard des administrations de l'État : leurs ­capacités de réactivité et de créativité, de souplesse et d'adaptabilité ?

Bernard Lorreyte, Directeur de Bernard Lorreyte Conseil
Bernardlorreyte@wanadoo.fr


1. Journal Le Point du 14 février 2008.
2. Exprimée en 1958 par Cyril Northcote Parkinson dans son livre Les lois de Parkinson, à partir de sa longue expérience dans l'administration britannique.


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